>

DIEU EST PRESENT AU MILIEU DE NOS ANGOISSES

  • PAROISSE DE MARTIGUES
Le Christ ressuscitant la fille de Jaïre, par Friedrich Overbeck (1815). Homélie du Père Thomas Poussier dimanche 28 juin.

Le Christ ressuscitant la fille de Jaïre, par Friedrich Overbeck (1815). Homélie du Père Thomas Poussier dimanche 28 juin.

Dans l’Evangile de ce jour nous avons deux miracles : la résurrection de la fille de Jaïre et la guérison de la femme malade. Le miracle, c’est un signe, c’est même un ensemble de signes qui nous disent quelque chose. Le miracle est important en soi, la guérison d’une femme malade et la résurrection d’une jeune fille, mais en quoi cela me parle aujourd’hui ? Le miracle n’est pas seulement pour celui qui est ressuscité, pour sa famille qui est heureuse de cela, mais pour nous aujourd’hui. Et c’est un signe qui me dit quelque chose de Dieu et de moi.

 

Tout d’abord, Jésus marche à travers une foule qui l’écrase, mais lui trace son chemin, c’est un signe de détermination, c’est une invitation pour nous à être déterminés, à ne pas nous laisser écraser, à ne pas nous laisser bloquer, mais au contraire agir avec persévérance.

 

Deuxième signe, la présence de Pierre, Jacques et Jean, trois apôtres sur Douze. Ces trois apôtres là sont présents aussi à la Transfiguration (signe de la fin des temps lorsque nous verrons Dieu comme il est), et ils sont présents à Gethsémani (ici, signe de la présence de Dieu dans ce qui apparemment est désespéré. Jésus est au bord du désespoir dans le Jardin des oliviers, mais Dieu vient lui faire un signe de sa présence au milieu de ce désespoir). Le fait qu’il y ait Pierre, Jacques et Jean au milieu de ce miracle participe à cette espérance que Dieu sera là au milieu de nos angoisses.

 

La femme perd son sang, elle est presque désespérée (comme Jaïre qui était presque désespéré). Elle perd son sang, elle perd sa vie. Elle trouve le Christ, elle trouve la vie. Son histoire signifie que la seule vie possible et véritable c’est de chercher et de trouver le Christ.

 

Enfin, le dernier signe est le signe du « Lève toi ! ». Lève-toi dit-il à la fille de Jaïre, elle se lève, elle marche, elle mange. C’est le signe que Dieu nous veut debout, dignes. Il y a une promesse de résurrection dans ce miracle. Il ressuscite cette jeune fille comme un jour il nous ressuscitera. C’est ce que disait le livre de la Sagesse « Dieu a créés tous les hommes pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la Mort ne règne pas sur la terre ». C’est le Christ, c’est Dieu, c’est l’amour qui règne sur la terre, et en aucune manière la puissance de la mort.

 

Je prends maintenant deux signes qui reprennent parfaitement les miracles qui sont aujourd’hui dans l’Evangile. Il n’y pas ici dans cette église qui soit hors de la portée de ces miracles.

 

Tout d’abord, le baptême. C’est un signe que Dieu nous trace un chemin à travers la mort. Jésus est passé à travers la foule qui menaçait de l’écraser, le baptême ne nous laisse pas dans la mort. Nous passons, comme les hébreux à travers la Mer Rouge, à pieds secs.

Le baptême, c’est aussi un signe de la fin des temps, de la vie éternelle, lorsque nous verrons Dieu tel qu’il est. Mais cette vie éternelle nous est déjà donnée dans l’eau du baptême.

Le baptême, c’est la présence de Dieu dans l’obscurité de la mort. Au plus profond, il est là et il me tend la main.

Le baptême, c’est le signe que, moi, chrétien, je reçois ma nouvelle identité « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité ». Je suis à l’image de Dieu, je suis à l’image du Christ et je m’appelle « chrétien ».

Enfin, le baptême, c’est évidemment ce signe de sortie de la mort : on se redresse, on sort de l’eau et on est vivant, et on se lève, et on marche, et on mange, on communie ensuite au Corps du Christ.

 

La réconciliation et la pénitence, que l’on appelle aussi le baptême « dans les larmes » tant il est difficile pour nous d’avouer… même si cela est libérateur. Ce que je vais dire par rapport à la réconciliation, cela vaut non seulement pour le sacrement lui-même mais également pour tous les pardons que l’on pourrait se faire les uns aux autres dans nos vies, vous savez, tous ces regrets à la fin d’une vie : « si j’avais su, je lui aurais pardonné ».

La réconciliation et la pénitence, c’est un chemin à travers la mort : le péché peut nous écraser, nous donnant au moins l’impression d’être écrasés par nos fautes, mais nous passons. Dieu nous écarte du péché et permet que nous passions.

Le sacrement c’est un signe de la fin des temps, de la vie éternelle, parce que c’est là au ciel que nous toucherons le jugement de Dieu, sa paix, son pardon, sa miséricorde. Et dès maintenant nous goûtons cela dans le sacrement, comme des prémisses.

La présence de Dieu dans l’obscurité de la mort : cette promesse que Dieu, même dans nos péchés, ne s’écarte pas de nous. C’est parfois si difficile à accepter ! Et pourtant, il est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus.

Dans cette obscurité du désespoir, comme Jésus à Gethsémani, nous pouvons nous dire que nous sommes impardonnables, et dans ces cas-là une main vient me sortir, car Dieu m’aime, moi qui suis pécheur.

Dans la réconciliation, nous touchons notre identité, nous revêtons à nouveau la robe blanche du baptême, nous sommes lavés de nos fautes, nous sommes remis debout. C’est cela le signe de la confession : Dieu nous veut debout, non pas embourbés dans notre péché, mais libres et vivants, et en marche.

 

Je vais vous lire ces quelques lignes de Chateaubriand (dans ses Mémoires). Il raconte sa première confession, la veille de sa première communion. Il avait l’angoisse d’oublier de dire quelque péché ou de ne pas avoir la force de tout dire les péchés qu’il avait. Il commence à se confesser, mais quelque chose n’ « arrive pas à sortir ». Le confesseur lui dit : « " Eh bien, n'avez−vous rien oublié ? " me dit l'homme de Jésus−Christ. Je demeurai muet. Ses questions recommencèrent, et le fatal non, mon père, sortit de ma bouche. (…) Alors, faisant un effort, il se prépare à me donner l'absolution. La foudre que le ciel eût lancée sur moi m'aurait causé moins d'épouvante, je m'écriai : " Je n'ai pas tout dit ! " Ce redoutable juge, (…) dont le visage m'inspirait tant de crainte, devient le pasteur le plus tendre ; il m'embrasse et fond en larmes : " Allons, me dit−il, mon cher fils, du courage ! " Je n'aurai jamais un tel moment dans ma vie. Si l'on m'avait débarrassé du poids d'une montagne, on ne m'eût pas plus soulagé : je sanglotais de bonheur. J'ose dire que c'est de ce jour que j'ai été créé honnête homme ».

 

C’est exactement ce qui c’est passé pour la femme malade et pour la jeune fille de Jaïre : elles ont été sauvées, et remises en route ! Avec une trace de ces moments de douleur, bien sûr, car il n’est pas de vie  sans cicatrice, mais à travers nos cicatrices pointe déjà la résurrection, la puissance de la vie bien plus forte que la mort.

 

Tu as voulu Seigneur, qu’en recevant ta grâce nous devenions des fils de lumière ; ne permets pas que l’erreur nous plonge dans la nuit, mais accorde-nous d’être toujours rayonnants de ta vérité.

 

Thomas Poussier

@paroissemartig © 2010 -  Hébergé par Overblog