"NE VOUS FIEZ PAS AUX APPARENCES"

  • PAROISSE DE MARTIGUES
"NE VOUS FIEZ PAS AUX APPARENCES"

Les enfants sont une semence qui grandit mystérieusement : pensez au nombre de biberons, de couches, d’histoires racontées, de soins apportés, de repas préparés, de courses pour les amener à l’école, à la nounou, au judo, au rugby, au violon… innombrables, on ne doit pas les compter d’ailleurs. Chacun de ces repas par exemple est important, mais en même temps on ne voit jamais l’effet d’un seul repas… pourtant, cela pousse !

 

D’où les images de l’arbre, des plantes semées, cette promesse de plénitude, de fécondité, pour nous dire ce qu’est le Règne de Dieu, c’est-à-dire la vie éternelle. L’utilisation des paraboles donne des images pour s’approcher de ce que dit la vie éternelle, et aussi pour dire la vie chrétienne, cette vie qui devrait être un reflet aujourd’hui de ce que nous sommes appelés à vivre demain, en Dieu. Dieu donne sens à ce qui apparait insignifiant, à ce qui semble de pas fonctionner, à ce qui semble vain. Ne vous fiez pas aux apparences, dit Jésus. A chacune de nos vies, à chacun de nos désirs, il promet une fécondité, une guérison, un salut.

 

La parabole d’aujourd’hui n’est pas une parabole pour dire ce qu’il faut faire de A à Z sur le chemin de la vie chrétienne. Cette parabole de Dieu ne donne pas la clé de comment maîtriser les choses, du début à la fin, jour après jour ; Jésus ne nous apprend pas à les saisir, à maîtriser, mais bien plutôt à entrer dans une démaîtrise de la vie comme le disait Benoît à Rome l’an passé.

 

C’est l’exemple d’un couple que j’ai marié ce samedi : ils se marient , au milieu du mois de juin, en Provence, et ils espèrent avoir du beau temps. Et jusqu’à la veille vers 21 h ce n’était pas le cas : 3 jours de mauvais temps… c’est long, très long lorsqu’on attend un bel après midi ensoleillé pour ce marier au soleil (ce qui est compréhensible). Plusieurs attitudes sont possibles dans ce cas : tenir bon, baisser les bras, être dans l’espérance ou dans la tristesse… L’attitude chrétienne serait de se dire : « qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il fasse beau, il y a une fécondité, malgré tout, à ce que se passe. Même si je ne sais pas quelle peut être cette fécondité, mais il peut y avoir une vraie grâce derrière tout cela ».

 

Ce vendredi ont été célébrées les obsèques du Père Jean à Gignac, mort encore jeune, à 68 ans (aujourd'hui c'est jeune), emporté par un cancer. Pourquoi ? Qu'est-ce que cela veut dire de mourir quand on est prêtre avant la retraite ? Je ne sais pas. Mais dans la foi, je sais que cela veut dire quelque chose, je sais que il y a un sens dans les choses qui a priori n'ont pas de sens, une fécondité qui m'échappe, là où voudrais tout maîtriser, là où je voudrais voir les fruits de mon travail.

 

Je crois que le secret de la vie chrétienne, le secret de la sainteté, ce n'est pas avoir notre vie en main, de réussir à tout prix, de tout contrôler maîtriser. « Nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision ». Saint Paul ne nous raconte pas de fausses histoires réconfortantes, il dit clairement les choses, non pas comme une attitude défaitiste vis-à-vis de la vie, mais comme une espérance.

 

L’espérance et la foi nous guident. Dans le psaume nous avons chanté : « vieillissant il fructifie encore ». Là encore une promesse de fécondité lorsque l’on est attaqué par la maladie, par l’infirmité, par nos fragilités…  fragiles mais vivants. Les personnes âgées et les malades restent membres du Corps du Christ ; ils sont certes des membres âgés et des membres malades, mais des membres à part entière. Sans qu’ils le maitrisent, ils donnent du fruit quand même.

 

Le Pape François disait ceci il y a quelques semaines à propos des fiançailles : « Les fiançailles sont un moment de vie qui doit mûrir comme un fruit, c’est un chemin de maturation dans l’amour, jusqu’à ce que cet amour devienne mariage. » C’est pareil pour la vie chrétienne, qui est un chemin de mûrissement jusqu’à ce que notre vie prenne sa pleine place et sa pleine signification en Dieu. Et nous préparons notre vie éternelle, nous la goûtons en vivant ici dans la foi, dans l’espérance, et dans la charité.

 

« Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu ». C’est dans la charité, dans l’amour que nous mettons en œuvre pour nous-mêmes, pour les autres et pour Dieu que nous grandissons, que nous pouvons avancer sur un chemin fiable, solide. C’est dans l’amour que toute chose prend sens, que toute chose germine, pousse et donne du fruit.

 

En recevant le Corps du Christ, nous goûtons dès maintenant à la vie éternelle, pour vivre dès maintenant de la vie éternelle. Nous ne gagnons pas notre Ciel à faire le bien ! Nous recevons le Ciel en nous, nous ouvrons un coin de la vie éternelle lorsque nous vivons dans l’amour, dans le respect de chaque membre du Corps du Christ, lorsque nous écoutons la Parole de Dieu et que nous la mettons en pratique.

 

Nous allons recevoir le Corps du Christ, semence de vie divine, qui va germer et faire grandir en nous la grâce de Dieu, silencieusement, patiemment. C’est le sens de cette prière que je vais chanter dans quelques instants : « Tu as voulu que nous trouvions, Seigneur, dans les biens que nous te présentons les nourritures de cette vie et le sacrement d’une vie nouvelle ; fais que nos corps et nos âmes puissent toujours en bénéficier ». Amen.

 

Père Thomas Poussier

Debrabandere 14/06/2015 19:34

Merci! tout simplement.

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