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VOUS ETES, NOUS SOMMES DES PROPHETES !

  • PAROISSE DE MARTIGUES
VOUS ETES, NOUS SOMMES DES PROPHETES !

Une comédie sur la préhistoire est récemment sortie au cinéma. Au début du film, un singe tombe d’un arbre ; il se casse un bras et il n’a pas d’autre alternative que de quitter la station à quatre pates, de se redresser, de se mettre sur ses deux pieds et d’avancer. Evidemment, au début, il avance en boitant, en tombant, en se faisant mal, mais il se redresse, il marche à nouveau et il part… ça y est, l’homme est né, il a acquis sa pleine stature.

 

A travers cette histoire, nous pouvons relever que face à une « contrariété » s’ouvre une perspective inattendue ; face à quelque chose qui ne s’est pas bien passé et qui aurait pu conduire l’animal à se morfondre et à rester blotti au pied de l’arbre. Tout comme nos vies qui peuvent être blessées, mais où, au cœur même de la blessure, là où l’écharde entre dans la chair, il y a une source de vie inattendue.

 

Venons-en au texte de la première lecture : Ezéchiel nous raconte à peu près la même histoire, et cette histoire là nous concerne de près. Il s’agit de l’envoi en mission du prophète : le prophète Ezéchiel en son temps, mais aussi de nous tous aujourd’hui. Tous nous sommes prophètes ! Il n’y a pas d’Isaïe, Ezéchiel, Daniel, ou même Jésus qui se qualifie lui-même de prophète, tous ici, par le baptême, nous sommes prophètes. « Tu participes à la dignité du Christ, comme prêtre, prophète et roi » nous dit la liturgie du baptême. Vous êtes, nous sommes des prophètes !

 

Voilà ce qui se passe le jour du baptême :

 

« En ces jours-là, l’esprit vint en moi et me fit tenir debout. J’écoutais celui qui me parlait. Il me dit : « Fils d’homme, je t’envoie vers les fils d’Israël, vers une nation rebelle qui s’est révoltée contre moi. » Tout y est. Voilà le processus : l’Esprit vient en moi (comme en Jésus lorsqu’il fut baptisé « tu es mon fils, ma fille bien-aimée, en toi je trouve ma joie ») ; l’Esprit de Dieu me fait tenir debout (toujours cette dignité que Dieu me donne, ma pleine stature) ; ensuite Dieu me parle, et cette parole est un envoi « Fils d’homme, je t’envoie vers les fils d’Israël, vers une nation rebelle qui s’est révoltée contre moi. », c’est-à-dire vers tous les hommes qui sont tous appelés à vivre de l’amour de Dieu, mais qui s’en détournent parfois (nous sommes tous plus ou moins rebelles).

 

Dieu fait de nous des prophètes dès notre plus tendre enfance, au sens où, qu’on le connaisse directement ou pas, il nous donne son Esprit, il nous fait marcher, il nous parle, il nous fait confiance. Comme le dit la prière que je chanterai tout à l’heure, « nous portons désormais ces noms glorieux : nation sainte, peuple racheté, race choisie, sacerdoce royal ; nous pouvons annoncer au monde les merveilles que tu as accomplies, toi qui nous fais passer des ténèbres à ton admirable lumière ».

 

Nous sommes un peuple de prophètes. Dieu fait de nous des prophètes… mais qu’est-ce qu’un prophète au fond ? Est-ce celui qui lit dans les étoiles l’horoscope et qui vous prédit votre avenir en amour, gloire et beauté ? Est-ce celui qui lit dans les entrailles de chat noir et qui, par magie, vous prédit qu’après la pluie viendra le beau temps ? Non, la première caractéristique d’un prophète, c’est qu’il ne parle pas de demain, mais d’aujourd’hui, en disant dans ce qui est vécu aujourd’hui à quoi cela peut conduire demain. C’est un homme, une femme, qui réfléchit, qui écoute, qui discerne et qui donne une parole pour éclairer les autres. Par exemple, être prophète aujourd’hui, c’est de pointer du doigt certaines recherches scientifiques qui sont a priori des bonnes choses, mais qui risquent de constituer un danger pour les hommes dans quelques années : on produit aujourd’hui de superbes prothèses de jambes pour des hommes blessés ou pour des enfants. Rien à dire a priori sur cette recherche… mais que penser de l’envie, entendue l’autre jour à la radio, d’un coureur à pied valide qui se dit « pour courir plus loin, plus vite et plus longtemps, je me fais amputer des deux jambes et je me fais greffer des prothèses « magiques » ? Il ne s’agit pas d’être, comme on dit, un « prophète de malheur », mais de s’ouvrir à toutes les conséquences, pour éviter que l’humanité se dise un jour : « tiens, coupons nous tous les jambes parce que ces prothèses-là vont nous aider à devenir des surhommes ! ».

 

Il ne s’agit pas, ensuite, pour le prophète, une fois que cela a été fait, d’être là en se moquant : « je vous l’avais bien dit ». Plutôt, quels que soient les choix des hommes, de les accompagner, de les soigner, voire aussi, s’il y a lieu, de leur pardonner. Et cela rejoint le cœur de la vie du Christ, qui est de dire la vérité aux hommes, de pointer dans leurs habitudes, dans leurs choix et leurs pratiques ce qu’il y a de beau, de vrai, de bon, mais aussi ce qui est néfaste pour eux et pour les en sauver.

 

Dieu fait de nous des prophètes, pour, comme le dit saint Paul, « annoncer la promesse de vie qui est dans le Christ Jésus », c’est partager notre enthousiasme, notre vie de chrétiens. Et notre paroisse de Martigues est extrêmement prophétique ! Les religieuses dominicaines, consacrées à Dieu, signes prophétiques d’une vie où Dieu remplit tout ; les diacres, signe prophétique du service des plus faibles et des pauvres, et qui révèle l’immense valeur de chaque homme ; les prêtres, signe prophétique de l’attention les uns aux autres, comme le Bon Pasteur ; vous tous les croyants, signes prophétiques que Dieu peut éclairer et conduire une vie ; et la maison Saint-François, signe prophétique que l’Eglise vit, que nous vivons d’une Bonne Nouvelle, que cet Evangile a de beaux jours devant lui à Martigues, que la Parole du Christ continuera à porter du fruit pour les enfants de vos enfants !

 

Réjouissons-nous donc, car Dieu nous donne une mission de prophètes, il nous donne, comme le dit encore le rituel du baptême « d’écouter sa Parole et de dire ses merveilles » ! Nous sommes boiteux, pas à la hauteur ? nous avons des difficultés à vivre notre foi ? Si nous sommes en recherche de Dieu, c’est un signe de vie ! Si après tant d’années à venir à la messe, à lire la Bible, à œuvrer pour le service des pauvres, pour la justice et pour les jeunes, nous continuons à cheminer, à reconnaître que, d’une manière ou d’une autre, Dieu vient nous accueillir dans nos faiblesses : Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort !

 

Accueillons le Christ qui se donne en nourriture pour nourrir les petits prophètes que nous sommes, lui qui vient faire en nous sa demeure pour que nous ayons la vie en abondance !

 

Père Thomas Poussier

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