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UNE FLÈCHE ÉCROULÉE, UNE CROIX DRESSÉE

  • PAROISSES DE MARTIGUES ET PORT DE BOUC
Méditation du Père Bastien Romera sur Notre Dame de Paris.

Méditation du Père Bastien Romera sur Notre Dame de Paris.

Une flèche écroulée, une croix dressée....

 

C'est ce qui constitue la toile de fond de cette semaine sainte si particulière.

 

Une cathédrale ravagée par les flammes et une croix toujours droite, au milieu du brasier et des décombres fumants. Quelle vision saisissante lundi Saint dans la nuit... Stat crux !

 

Et nous voilà, ce vendredi saint, devant la croix de Celui qui a dit un jour qu'il voulait allumer un feu sur la terre.

Pourtant, devant la croix du Christ, devant sa passion qui a encore résonné sous ces voûtes, le feu que nous constatons, c'est celui de l'amour de Dieu qui consume sa propre vie sur le bois.

 

Quelqu'un nous disait cette semaine : 'Notre Dame de Paris en feu c'était comme si c'était un peu de Jésus qui brûle. '

C'est vrai, Jésus brûle ; il est ce feu divin qui purifie le monde, qui grille le mal, qui dévore le péché.

 

Mais dans la Passion que nous entendons dans les évangiles, c'est le Crucifié qui est embrasé, pas le bois qui le porte. La différence est de taille. Ce n'est pas une charpente qui meurt, c'est le charpentier. Et s'il y en a un qui sait ce que représente une charpente pour qu'un édifice tienne le temps et les bourrasques, c'est bien lui, le charpentier de Nazareth, le fils du charpentier.

Ce soir, le charpentier donne sa vie pour que le monde ne se précipite pas dans le néant de la mort; ce soir le charpentier bâtit la Cathédrale du Royaume de Dieu.

 

Ça se passe sur cette croix de bois dressée, bois que Dieu dispose pour le sacrifice, bois de la Croix qui a porté le Salut du monde. Et cet arbre vaut plus que toutes les "forêts" fussent-elles en chêne millénaire. Cet arbre est l'axe du monde qui le tient debout. La forêt de la cathédrale de Paris n'est plus mais l'arbre de la Croix demeure, pivot qui tient la cathédrale de nos vies, la soutient de relèvements en résurrections. Cette flèche-là, personne ne peut l'abattre et aucun chant de coq, même reliquaire, ne pourrait en révéler une faiblesse traîtresse car Dieu est fidèle. Stat Crux !

 

Seulement, Seigneur, c'est bien une croix et il faut la porter, entre Pilate, Judas, les grands-prêtres, Pierre, et les lâches en tout genre ; si tant est que nous ne nous reconnaissions pas en ceux-là parfois. Et alors on pourrait désespérer et être tenté de croire que le feu du mal emportera la charpente, et les voûtes, et les tours et le tout de notre vie.

 

Mais un matin après ces nuits d'angoisse, on se réveille et on constate que ça tient toujours. Et on ne sait pas comment, quand on était aux prises avec la violence peut-être inouïe des flammes la veille encore.

Mais en fait c'était feu contre feu.

 

Feu contre feu... l'eau et le sang du Cœur brûlant du Christ qui a noyé les flammes du péché. Dans ta vie, l'incendie peut faire rage ; les dégâts sont peut-être importants et les avaries toujours à craindre, mais la structure est sauvée parce que la colonne vertébrale est la Croix sur laquelle tu t'es arc-bouté comme Marie-Madeleine. Le feu de l'Esprit Saint, les flammes de la grâce, sont ce soir victorieuses de la géhenne du mal !

 

Ce sont les eaux de ton baptême qui l'ont noyée, les larmes de ton repentir du péché et de ton amour pour le Sauveur qui l'ont étouffée. Et ces eaux-là sont aussi un feu intérieur, une lumière pascale qui brille déjà, en dépit de toutes les apparences. C'est le buisson qui brûle et ne se consume pas, peut-être.

 

C'est la lueur de l'Espérance qui, alors, te fait tenir debout au pied de l'arbre de vie du charpentier.

 

Et finalement, que tu lui ressembles à la dame, la belle dame, Notre-Dame qui se tient debout ! Stabat Mater : elle est droite la mère ! Douloureuse mais droite.

 

Viens enfin, ce soir, te tenir auprès d'elle qui est auprès du divin Fils mort. Viens la consoler, et laisse-la aussi te consoler : elle saura, mieux que personne, ce que ça veut dire que ressuscité d'entre les morts.

 

Méditation pour le Vendredi Saint 2018 

Père Bastien Romera+

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