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UNE RELIGIEUSE À VESOUL

  • PAROISSES DE MARTIGUES ET PORT DE BOUC
"Cette nonne était pire qu’un black bloc déchaîné : elle allait simplement semer le désordre et l’anarchie parmi les vieux pensionnaires"

"Cette nonne était pire qu’un black bloc déchaîné : elle allait simplement semer le désordre et l’anarchie parmi les vieux pensionnaires"

C’est la nouvelle la plus idiote de la semaine, en même temps que la plus désolante. Une religieuse en retraite s’est vue signifier par la direction de sa maison de retraite l’obligation de retirer la tenue et le voile qu’elle portait. Pour éviter tout risque de désordre. L’affaire se passe à Vesoul. « T’as voulu voir Vesoul… » chantait Jacques Brel. Elle avait voulu revoir Vesoul, ville de sa prime jeunesse après une vie consacrée passée dans le sud de la France. On lui a donc opposé le « règlement » pour éviter tout risque de trouble à l’ordre public parmi les pensionnaires. Il s’agissait selon la direction de garantir la « sérénité » (sic) de l’établissement.

 

C’est vrai, après tout, en 2019, l’état d’hystérie de la France est tel que la présence d’une religieuse voilée dans une collectivité est de nature à semer une pagaille considérable. Cette faiseuse d’embrouilles, on ne pouvait pas la laisser semer derrière sa petite démarche trottinante de vieille dame les germes de guerre civile qu’induit le port d’une tenue de religieuse. Cette nonne était pire qu’un black bloc déchaîné : elle allait simplement semer le désordre et l’anarchie parmi les vieux pensionnaires appelés à partager son existence terminale. Elle choquerait dans les cuisines, découragerait les femmes de chambre, scandaliserait les infirmières laïques, assassinerait symboliquement par sa tenue ostentatoire, attentatoire à la laïcité française, les femmes d’autres religions et surtout celles qui n’en ont pas. On aurait frôlé sans cesse l’incident avec cette religieuse baladeuse tout voile dehors comme une provocation catholique inadmissible.

 

Il n’était pas question de laisser s’installer dans le calme des vieux murs le scandale social et culturel d’une vieille religieuse circulant jour après jour affublée de signes évidents de sujétion et de soumission au règlement de l’Église catholique qui ne pouvait pas dominer, en légitimité et en force, le règlement de la maison de retraite de Vesoul. Pas de ça ici, ma sœur, ou ma mère (comment savoir quel était son grade et son statut, la malheureuse n’étant pas apparue à la télévision pour se plaindre de ce harcèlement ?). On repensait à toutes ces femmes aux cornettes voyantes qui l’avaient précédée de leur charité active dans tant d’établissements hospitaliers de la France des siècles passés. Jusqu’à ce que l’État, ouvrant grand son cœur, décide de les chasser peu à peu, de les ramener vers la sortie pour faire soigner les patients par des infirmières civiles, avant de les recruter dans les îles.

 

Déjà, les voilées avaient été peu à peu exclues des salles communes et des couloirs des hôpitaux et des hospices. On voit aujourd’hui ce que cette grande victoire symbolique de la République soignante apporta à la population comme garantie de qualité, de gentillesse, d’accueil et de charité. Et de « sérénité ». Les blouses en colère qui ont manifesté récemment partout ont remplacé les sœurs en cornettes dont les visages dissimulés ne montraient guère que des regards compatissants. Mais voilà que le regard de cette vieille-là a sans doute paru sournois et prosélyte aux maîtres de la maison de retraite animés par un pur esprit républicain. Pas de trace visible de la religion d’un autre temps dans une institution vouée à « garder » les gens, d’un autre temps aussi, comme on « garde » un troupeau. Imaginez que toute la troupe se soit mise à demander à cette pauvre vieille les raisons de son accoutrement et ce qui lui faisait cacher ses cheveux depuis tant d’années, des décennies sans doute. Imaginez qu’elle ait, le soir à la veillée, plutôt que de passer des heures devant les séries de M6 ou les élucubrations d’Hanouna, le prosélyte de la gaudriole, tenté d’expliquer les Évangiles à ses confrères et consœurs en vieillesse. On l’aurait à bon droit accusée de répandre le fanatisme et la radicalisation autour d’elle comme une agitatrice séditieuse.

 

Il fallait à tout prix maintenir la « sérénité » (re-sic) de la maison de vieux, en écartant tout risque de polémique autour de l’enseignement du Christ. Le voyant voile devait être détaché de son corps, être plié en quatre ou en huit et placé sur le rayonnage le plus haut de sa petite chambre afin qu’il cesse de semer la division dans les esprits et dans les cœurs.

 

Vraiment il y a des matins où, quand enfle le bavardage de l’information nationale, les bras vous tombent de stupéfaction. Vous vous frappez la tête en vous demandant quelle invention demain viendra aggraver la sottise ambiante. Le communautarisme, la dictature des minorités, la compétition des mémoires, l’intolérance laïcarde, le fanatisme gauchiste ont atteint en France un tel degré de violence que l’on ne peut plus supporter aucune différence dans quelque domaine que ce soit. Vous manquez à chaque affirmation de ce que vous croyez juste d’être arrêté par une police de la pensée. Bientôt, à Vesoul ou ailleurs, on interdira le port des lunettes qui distinguent ceux qui lisent de ceux qui ont perdu cette funeste habitude de réfléchir par le moyen du regard porté sur des livres, ces objets qui empêchent la « sérénité » de se développer dans cette société de malades.

 

Bruno Frappat

 

 

UNE RELIGIEUSE À VESOUL
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