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HOMÉLIE DU PÈRE MICHEL ISOARD POUR LA SOLENNITÉ DE PÂQUES

  • PAROISSES DE MARTIGUES ET PORT DE BOUC
HOMÉLIE DU PÈRE MICHEL ISOARD POUR LA SOLENNITÉ DE PÂQUES

Frères et sœurs, en ce matin de Pâques, je ne peux que reprendre les mots de Pierre que nous venons d’entendre dans la première lecture des Actes des Apôtres : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui… Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour… Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. » Oui c’est ma foi : cette foi de Pâques que nous proclamons avec force ce matin ; c’est ma mission : celle d’hier, d’aujourd’hui et de demain !

 

Mais dans le contexte qui est le nôtre, comment ne pas entendre les interrogations, sinon sur les bouches, du moins dans les cœurs : « voilà deux mille ans que nous proclamons qu’il est ressuscité, et pourtant le mal est toujours là autour de nous, en nous. La preuve, regardez ce qui nous arrive ! ». Et de fait, nous venons de l’entendre dans l’Évangile, alors que déjà le tombeau est vide et que Marie Madeleine s’y rend de grand matin, saint Jean rajoute : « c’était encore les ténèbres ». Oui, frères et sœurs, ce sont encore les ténèbres ! Pourtant le Christ est bien ressuscité, il a bien vaincu la mort, il nous a bien sauvés du Mal, mais ce salut qu’il a opéré en lui, il faut encore que nous le laissions l’opérer en nous. Il l’a fait pour nous, mais il ne peut pas le faire à notre place ! Certes, par le baptême, nous sommes plongés dans le mystère de Pâques comme saint Paul nous le rappelait, ainsi qu’aux Colossiens : « vous êtes passés par la mort et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu », et aussi « vous êtes ressuscités avec le Christ » !

 

Ce passage, cette pâque, s’opère en nous lentement, progressivement : à vrai dire, cela prend toute la vie, toute notre vie. Et nous allons ainsi de pâque en pâque, comme la liturgie nous y invite chaque année : sinon, il ne serait plus besoin de célébrer à nouveau le dimanche de Pâques ! Ce n’est pas pour le Christ que nous célébrons, pour qu’il recommence tout, c’est d’abord à nous que profitent ces célébrations, pour que nous nous ouvrions toujours un peu plus à la grâce de Dieu. Et voilà que cette année ce passage, et déjà notre carême, ont pris une forme inédite : ce virus, cette pandémie. Pour beaucoup, ce passage par la mort n’est pas que symbolique : nous en connaissons peut être qui ont succombé au coronavirus, en tout cas nous sommes informés que beaucoup, par le monde, sont frappés. Et pourtant, comme le disait le Père Cantalamessa dans sa prédication du vendredi saint dans la basilique saint Pierre : « Nous aussi, après ces jours que nous espérons courts, nous nous lèverons et sortirons des tombeaux que sont devenu nos maisons. » Mais, frères et sœurs, comment sortirons-nous de ces tombeaux : comme le Christ ressuscité, ou comme Lazare, qui doit reprendre sa vie comme avant ? Là encore, c’est à nous de savoir ce que nous ferons de cette crise.

 

Que ferons-nous de ce que nous avons retrouvé d’essentiel et découvert de futile. Sur les réseaux sociaux un message circulait : « l’économie mondiale est menacée… parce que nous n’achetons plus que ce dont nous avons vraiment besoin » ! Quelle planète voulons-nous ?

 

Que ferons-nous de ce que nous avons vécu du sens de notre métier retrouvé, du souci des personnes isolées, de la compassion avec les plus fragiles ? Quelle humanité voulons-nous ?

 

Que ferons-nous de notre faim nouvelle de l’Eucharistie, de notre tristesse de ne pas pouvoir nous retrouver tous à la messe du dimanche, de notre goût plus grand pour la prière ? Quelle Église voulons-nous ?

 

Frères et sœurs, en ce matin de Pâques, mon espérance de pasteur rejoint celle du capucin qui prêchait pour le pape : « Nous nous lèverons et sortirons de ces tombeaux, mais non pas pour revenir à l’ancienne vie comme Lazare, mais à une nouvelle vie, comme Jésus. Une vie plus fraternelle, plus humaine. Plus chrétienne! ». C’est pour cela que Christ est ressuscité ! Alleluia !

 

Père Michel Isoard

Marguerite MAURETTE 13/04/2020 09:17

Merci Michel pour cette homélie pleine de foi, d’espérance et qui pose les bonnes questions...
Oui, quelle Eglise voulons nous ? Quelle vie de chrétien ?
Bien avec toi.
MAGUI

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