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MA FORCE AU SERVICE DU PLUS FAIBLE

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Le Repas de noces (Kunsthistorisches Museum de Vienne) a été conçu par Bruegel en 1568.

 

Aujourd’hui, à la télé, c’est la mode des séries, et on pourrait retracer ce passage d’Evangile en une série de trois épisodes.

 

1er épisode Tout commence bien, le repas est prêt, la cuisine s’active, les mets répandent leur odeur délicieuse… mais  tout s’effondre, personne ne vient, personne ne prête attention au repas préparé, il y a de la violence, du sang, des morts.

 

2ème épisode : tout le monde, bon ou méchant, est appelé : une image de l’Eglise ; tous sont appelés à prendre leur place… l’histoire aurait pu s’arrêter là, et la « morale » de l’histoire aurait été facile à comprendre « Dieu nous invite à son festin, si tu viens y manger, tu vivras, sinon, si tu ne viens pas recevoir le don de Dieu, tu mourras » (ce qui est profondément vrai, le Pain de la Vie, l’Eucharistie, donne la Vie, et si on ne reçoit pas ce pain de Vie, nous n’avons pas la vie éternelle).

 

Mais, au-delà de cette juste réflexion à la fin du deuxième épisode de notre série évangélique, il y a le troisième épisode, moins clair, plus compliqué : la fureur du roi contre l’homme qui ne porte pas l’habit des noces. Le roi l’interpelle, et l’autre garde le silence. Quittons tout de suite l’histoire du vêtement, qui n’est qu’un prétexte, allons plus profondément, là où le roi veut en venir. Le vêtement de noce, ce n’est pas le costume acheté à l’occasion du Salon du mariage, le vêtement de noce, c’est la robe blanche du baptême, le vêtement de l’enfant de Dieu.

 

L’enfant de Dieu c’est celui qui non seulement a voulu recevoir et entrer dans la vie divine, mais c’est aussi celui qui va chercher à vivre de cette dignité d’enfant de Dieu, à vivre de la joie du chrétien. Lorsque le roi interpelle le convive sur la vigueur de sa foi il lui dit : « pourquoi n’agis-tu pas comme ce que tu es, un homme baptisé, un homme qui a reçu la vie divine ? »

 

Et là, le convive garde le silence. Non seulement il ne vit pas de la noce, de la joie, de la vie que Dieu lui propose, mais il reste dans le silence, c’est-à-dire sans se décider. Or Dieu veut que nous nous décidions : que notre oui soit oui, que notre non soit non, tout le reste, tout ce qui est tiède, il le vomit. Dieu veut que nous nous engagions, quitte à ce que nous lui tournions le dos, mais que nous nous engagions !

 

C’est dur, c’est rude, mais comme le dit saint Paul « Je peux tout supporter avec celui qui me donne la force ». Dieu ne nous laisse pas nous désespérer de ne pas être assez avec lui, ou bien essayer de lutter sans fin pour se rapprocher de lui. Il est là pour nous donner sa force. La force de Dieu, elle est dans sa Parole : il me parle, il me conseille, il me guide, il me réconforte par sa Parole. La force que Dieu me donne, elle est dans ses sacrements : le baptême tout d’abord, la magnifique porte d’entrée dans le Paradis, la source de la vie de Dieu ; la réconciliation, qui nous permet (comme on dit le jour du baptême), de garder intacte la dignité des fils de Dieu, l’eucharistie aussi, c’est vraiment le pain de Vie, cette nourriture à nulle autre pareille où toute notre vie est comme saisie et divinisée.

 

La Parole et les sacrements sont la force que Dieu nous donne, mais ce n’est pas tout, Dieu nous donne sa force par l’autre : par celui qui m’a donné la vie, par celui et ceux avec qui je vis, par ceux et celles que je croise… Et là, il y a non seulement un don, mais aussi une invitation : toi qui vit de la vie de Dieu, toi à qui Dieu donne sa force et sa grâce, transmet cette vie, donne ta force au plus faible.

 

Il y a quelques temps, l’Ordre de Malte a distribué des bracelets avec cette inscription « Ma force au service du plus faible ». Tout y est dit ! Il ne reste plus qu’à le mettre en œuvre ! Ma force au service du plus faible.

 

C’est le 4ème épisode de l’Evangile, qui se déroule dans notre vie (comme toujours, l’Evangile entendu se déploie dans ma vie). Cela nous concerne tous, tous appelés, tous dignes, tous capables de donner de la force. Et pas d’objection qui tienne : ni l’indignité, ni l’âge, la santé, les occupations.  

 

Nous connaissons tous un plus faible que soi, à qui nous pouvons offrir du temps, de l’attention, une présence, une prière (si nos jambes ne nous portent plus). Tous, nous sommes capables de donner… mais il y a quelque chose en nous qui résiste… pas assez purs, pas assez dignes… comme s’il fallait être parfait pour être invités. Un peu comme un jeune appelé par Dieu au sacerdoce et qui se dirait : « aujourd’hui je ne suis pas capable de parler comme un prêtre alors je ne réponds pas à son appel ».

 

Nous aimerions être arrivés à la sainteté avant d’avoir posé le premier acte. Sur ce chemin de sainteté, Dieu ne nous demande pas d’être parfaits pour nous y engager, mais il nous demande d’entrer comme nous sommes pour faire de nous, avec ce que nous sommes, des hommes et des femmes saints, c’est-à-dire tendus vers l’amour de Dieu et de notre prochain. Seigneur je ne pas digne de te recevoir, de devenir saint, d’être invité à la Table du Royaume, mais dit seulement une parole et je serai guéri.

 

Benoit XVI écrivait ceci : « Jésus est en permanence l’amour qui nous lave; Il est sans cesse agenouillé à nos pieds et nous rend aptes à recevoir Dieu. Son amour est intarissable, il va vraiment jusqu'au bout.

Jour après jour, nous sommes comme recouverts de salissures diverses, (…) [mais]si nous accueillons les paroles de Jésus avec un cœur attentif, ces paroles se révèlent de véritables bains, des purifications de l'âme, de l'homme intérieur. C'est à cela que nous invite l'Evangile (…) : toujours nous laisser laver par cette eau pure, nous rendre capables de la communion conviviale avec Dieu et nos frères ».

 

Capables de la communion conviviale avec Dieu et nos frères : comme je suis un pécheur pardonné, il me revient de participer au salut que Dieu me donne, dans la charité. En oeuvrant comme le Christ qui invite et sert à table ma force au service du plus faible. Le Bienheureux Pier Giorgo Frassati, lorsqu’il avait une vingtaine d’année, avait pris l’habitude d’aller visiter une personne pauvre après la messe du dimanche : « Durant la communion, Jésus m’a visité, à mon tour je vais lui rendre la visite en allant voir un pauvre. » Lui, homme pécheur, recevait la force de Dieu et la transmettait.

 

Suivons son exemple, demandons lui sa force, à lui, au Bienheureux Gérard, à tous les saints, pour que nous sachions nous donner les uns aux autres.

 

Ô Christ ! sois favorable à ce peuple fidèle,

Pour Te bénir maintenant rassemblé ;

Reçois les chants qu'il offre à Ta gloire immortelle,

Et de Tes dons qu'il retourne comblé.

 

 

Thomas Poussier

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