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PREMIERE MESSE DU PERE BASTIEN ROMERA A LA MADELEINE : L'HOMELIE

  • PAROISSE DE MARTIGUES

SEBASTIEN ROMERA-La-MADELEINE 016

 

"Tu es chrétien, toi ? Si Dieu existe, qu'il me le prouve ! "

"Moi mon Père, vous savez, je suis comme Saint Thomas, je crois que ce que je vois... "

 

Combien de fois on nous l'a pas fait celle-là... combien de fois ce pauvre Thomas est brandi comme un bouclier par ceux qui se prétendent rationalistes, matérialistes, implacablement réalistes, et qui croient apporter l'argument imparable à leur petit échafaudage.

 

Mais cette théorie n'est qu'un château de cartes; et s'abriter derrière l'apôtre Thomas, c'est prendre un grand risque, en réalité : celui de s'exclamer un jour la plus belle déclaration de foi, le plus beau credo peut-être de tout l'Evangile : " Mon Seigneur et mon Dieu !". C'est étonnant, on oublie souvent de retenir ce "happy end" de l'Evangile  que nous avons entendu... et ce qu'il engage.

 

Thomas est  souvent agité par nos contemporains, et il y a certainement quelque chose à entendre derrière cela parce que le doute blesse notre cœur comme le sien, il fait mal, mais, une fois surmonté, il conduit à une certitude plus grande. Il faut l'affronter en face !  Saint Grégoire le Grand disait que l'apôtre Thomas avait été plus utile à sa foi, que tout l'empressement sans faille de Marie-Madeleine, qui nous accable un peu, - pardon pour la titulaire de cette église !

 

 

Mais revenons aux faits, essayons de nous approcher un peu de la scène de l'Evangile, entrons dans cette maison. Vous savez, prenez le temps chez vous, de goûter l'Evangile en vous invitant à côté de Jésus, des disciples, restez un moment, scrutez l'attitude des uns, les échanges de regard, laissez résonner les paroles, mettez-vous au milieu, laissez-vous toucher, immiscez-vous au cœur de l'Evangile.

 

Thomas, celui qui n'était pas là avec les autres le jour où Jésus leur était apparu, et à qui la nouvelle semble trop belle pour être vraie.  Les disciples ont eu beau lui dire, avec tout leur enthousiasme, toute leur euphorie sans doute, ce qui s'est passé, qu'ils ont vu vivant ce Christ qu'on avait crucifié... ils se heurtent à un monument de froideur, un insensible, qui passe tout à la moulinette de son centimètre à lui. Pourtant, sans doute, Thomas aurait voulu partager cette joie, et il a certainement ruminé cela toute la semaine... en se disant " et si c'était vrai...", mais il n'arrive pas à faire confiance, il faut qu'il vérifie; voilà le problème... et, ce faisant, il s'interdit d'aimer, et il regarde passer les autres disciples en restant à la marge , comme une barque du canal saint Sébastien qui resterait toujours au port sans prendre jamais l'air du large...

 

 Attention à ne pas trop accabler ce pauvre St Thomas, toutefois : son incrédulité, comme le dit saint Grégoire, toujours lui " est plus utile à l'affermissement de notre foi que la foi des disciples qui ont cru; en effet, en voyant que cet apôtre revient à la foi en touchant le Christ, notre esprit renonce au moindre doute, et se sent fortifié dans la foi." Parce que nous voyons quelqu'un qui a constaté la vérité de la résurrection du Christ, nous avons une raison solide d'y croire nous aussi. Dieu suscite notre liberté, il ne veut pas nous contraindre par des opérations mathématiques implacables. C'est la dureté de cœur qui est en jeu : Jésus le reproche aux disciples, dans l'Evangile selon Saint Marc : et il leur reprocha leur incrédulité et leur dureté de cœur, pour n'avoir pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité des morts.  (Marc (CP) 16)

Comme s'il suffisait de mettre les gens au pied du mur pour leur faire aimer le Christ...  du style " ah Jésus si tu pouvais apparaitre, là, comme ça tout le monde croirait, et à nous les vacances ! La preuve ? Jésus lui même l'avait donnée :

"Si quelqu'un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront. Abraham répondit : 'S'ils n'écoutent pas Moïse ni les prophètes, quelqu'un pourra bien ressusciter d'entre les morts : ils ne seront pas convaincus.' "

(Lc 16)

 

 Mais voilà, Jésus arrive, c'est le huitième jour, (donc dimanche) ne laisse pas le temps à Thomas de tenter quoi que ce soit. En a t-il eu seulement besoin ? Rappelez-vous que Jésus surgit au milieu des disciples claquemurés dans leur maison, les portes fermées à double tour..... (après tout ce qui s'est passé, ça pouvait encore barder pour eux). Jésus commence par là : la paix soit avec vous. Chaque fois que Jésus ressuscité apparaît aux disciples, c'est la première chose qu'il donne. 

 

C'est toujours comme cela, avec Jésus, il nous surprend, il parcourt la distance, il vient nous sortir de nos petits tombeaux intérieurs.  Comme nous l'avons chanté dans le psaume : "Son amour envers nous s'est montré le plus fort !".

 

Bref, n'en déplaise à Saint Grégoire, on ne sait pas si Thomas aura finalement fait ce geste que l'art représente souvent, de mettre la main dans le côté de Jésus. En tous cas, il a vu, et Jésus l'invite à regarder de près, et à être croyant.

 

Et là est le pivot : il s'agit non pas d'approcher une main qui voudrait toucher, mais un cœur qui aime. Ce cœur tout brûlant des disciples d'Emmaüs, le nôtre aujourd'hui, mes frères ! Tu veux témoigner du Christ, tu veux être apôtre ? Tu voudrais convertir la terre entière ? Mais laisse-toi embraser d'abord, creuse en toi le cœur du disciple. Alors, tu rayonneras, alors c'est Dieu qui brillera en toi.

 

Voilà ce qui se passe en Saint Thomas quand il s'écrie " Mon Seigneur et mon Dieu!". C'est son cœur qui fond ! Sa réponse dépasse infiniment ce que des blessures pouvaient lui faire déduire.  Oui, il a vu, mais n'allons pas dire :" ah ben c'était plus simple quand Jésus était physiquement présent..." puisque, précisément, on voit bien que ce n'est pas évident pour les disciples, qui le voyaient. Et Jésus le dit clairement : " heureux ce qui croient sans avoir vu !". On pourrait mettre cela en parallèle avec ces paroles de Jésus  à Pierre, vous qui venez de fêter la St Pierre : "heureux es-tu, car ce n'est pas la chair ni le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ".

 

A l'Eucharistie, Dieu se rend présent réellement, laisse-toi toucher frère martégal, sœur martégale.  tu voudrais toucher Dieu, c'est lui qui vient habiter en toi. Tu voudrais que d'autres le vivent ?  Et tu seras, toi le visage du Christ à Martigues, les bras du Christ pour les martégaux.

 

Et si Dieu te demande plus, s'il te demande tout, parce que peut-être tu l'entends résonner dans ton cœur ? Suis-le, fais disjoncter le petit cercle vicieux des peurs intérieures, des hésitations paralysantes,  deviens apôtre, et tu seras heureux !

 

 

Amen

 

Abbé Bastien Romera

3 juillet 2014,

église de la Madeleine aux Martigues

Fête de Saint Thomas, apôtre.

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