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ORDINATION THOMAS POUSSIER : HOMELIE DE MGR DUFOUR

  • PAROISSE DE MARTIGUES

AES7687 bis

 

« Je crois en l’Esprit Saint ».

 

En cette fête de la Pentecôte, nous allons redire avec toute l’Eglise notre foi en l’Esprit Saint.

 

Nous la redisons ici et maintenant, dans ce monde-ci, présent, contemporain ; c’est pour lui que nous avons foi en l’Esprit qui est Seigneur et qui donne la vie.

 

Nous la redisons parce que c’est la foi de l’Eglise, depuis 2000 ans, sur le témoignage des apôtres et de Marie.

 

Nous la redisons enfin parce que nous en avons fait nous-mêmes l’expérience et que nous en portons le témoignage – les lettres des confirmands adultes de la vigile de Pentecôte en témoignent, elles m’ont bouleversé.

 

« Je crois en l’Esprit Créateur ».

 

Par l’acte de foi, nous attestons que l’Esprit Saint ne cesse d’écrire ses actes dans nos vies, qu’il nous crée.

 

Et en même temps nous lui ouvrons nos portes.

 

Ou plutôt nous lui demandons de traverser lui-même nos portes verrouillées.

 

Nous demandons que lui-même, de l’intérieur, il ouvre nos portes.

 

Il n’a pas besoin d’ouvrir la porte pour entrer.

 

Ici encore, certains d’entre nous pourraient témoigner qu’il est entré par effraction et qu’il a tout chamboulé dans leurs vies.

 

Mais s’il peut traverser nos portes verrouillées pour entrer, il a besoin de notre liberté, de notre consentement pour nous faire sortir de nous-mêmes.

 

Sortir de nous-mêmes pour être vraiment libres, vraiment nous-mêmes – l’Esprit Saint nous fait naître, il donne à chacun d’être soi-même.

 

Sortir de nous-mêmes pour entrer en relation vraie avec les autres. Sortir de nous-mêmes pour aller en mission, répondre, comme les apôtres, à l’ordre de mission du Christ.

 

« Je crois en l’Esprit Saint ».

 

Nous le redisons aujourd’hui avec Thomas Poussier qui sera ordonné diacre.

 

Nous contemplons en son histoire, l’œuvre de l’Esprit.

 

Je suppose que les paroissiens de Martigues ont eu la joie d’entendre son témoignage.

 

Pour parvenir à ce jour où tu vas t’engager pour toujours à la suite du Christ et le service de son Evangile, Thomas, tu témoignes toi aussi que l’Esprit Saint est entré en toi, comme par effraction, qu’il t’a façonné, qu’il t’a permis de devenir libre et de prononcer ce oui au Christ et à l’Eglise, ce oui dont nous sommes aujourd’hui les témoins.

 

Mais qui est-il donc, cet Esprit Saint ?

 

Méditons-le un court instant.

 

Au cœur de notre foi chrétienne, nous contemplons le Christ.

 

Et contemplant le Christ, nous contemplons le mystère de l’Incarnation, « le mystère merveilleux d’un Dieu qui descend dans la matière, dans le monde sensible, dans notre monde, pour s’unir à lui, qui vient habiter parmi nous et se fait Homme pour le rester à jamais ».

 

J’emprunte ces mots à la préface que le cardinal RATZINGER a écrite à la Pentecôte 1999 pour le commentaire du Veni Creator par Cantalamessa.

 

Habiter l’humanité, faire de chacun le Temple de l’Esprit, c’est le projet de Dieu de toute éternité.

 

Il l’a accompli en Christ.

 

Mais il faut aller plus loin, il faut aller jusqu’à la Rédemption de ce monde, jusqu’à la transfiguration de la chair dans la Croix.

 

L’évènement de la Croix est décisif pour le salut du monde : Dieu qui, en Jésus, descend au plus bas, jusqu’aux limites extrême de la renonciation à soi, limites extrêmes de l’amour, du don jusqu’au pardon.

 

Et de la Croix jaillit l’Esprit qui a ressuscité Jésus d’entre les morts.

 

Ainsi le don de l’Esprit a sa source dans la Croix du Christ.

 

Il a fallu du temps aux apôtres pour entrer dans le mystère de ce don.

 

Il a fallu la longue route d’Emmaüs.

 

Il a fallu ces 50 jours entre Pâques et Pentecôte pour une lente entrée mystagogique dans la Pâque de Jésus, pour comprendre que l’Esprit des origines poursuivrait l’œuvre créatrice, divine, d’une manière radicalement nouvelle, en notre humanité.

 

L’Eglise a été instituée par le Christ pour servir cette œuvre de l’Esprit.

 

Et toi, Thomas, tu seras ordonné diacre pour ce service, le service de l’Esprit.

 

Le ministère de diacre a, nous le savons deux références essentielles dans le Nouveau Testament.

 

La première : le lavement des pieds.

 

Nous y contemplons l’abaissement du Fils de Dieu, au plus bas, au plus humilié ; il annonce la Croix.

 

Et nous y écoutons l’appel à faire de même, à nous abaisser, à nous mettre à hauteur du plus petit, à nous asseoir à la table des pécheurs.

 

Tu feras de même, Thomas, et tu inviteras à faire de même toute la communauté rassemblée autour de la table eucharistique.

 

La seconde référence : l’institution des Sept.

 

Nous y entendons que les Sept ont été institués pour répondre à une situation conflictuelle au sein de la communauté, et qu’ainsi le service des tables, le service du repas communautaire, est d’abord un service de l’unité.

 

Serveur de la table eucharistique, Thomas, tu serviras l’unité du Corps du Christ, dans l’unique Esprit.

 

Mais le récit de l’institution des Sept nous apprend surtout que ce qui est premier, c’est la Parole, et le service de la parole.

 

Le livre des Actes pourrait s’appeler le livre des Actes de la Parole.

 

Et le véhicule de la Parole, c’est l’Esprit.

 

Le livre des Actes pourrait s’appeler aussi le livre des Actes de l’Esprit.

 

Le Christ l’avait annoncé et promis : « L’Esprit vous rappellera tout ce que j’ai dit ».

 

Il expliquera, il interprétera, l’Esprit est le véhicule du Verbe de Dieu.

 

Le service de la parole est donc le service de l’Esprit.

 

C’est à ce service que tu es ordonné aujourd’hui, Thomas.

 

Concrètement, que sera ce service ?

 

Par l’action : être l’outil dans la main de l’Esprit Créateur.
 

Par la contemplation : lire ce que l’Esprit Saint écrit aujourd’hui dans notre histoire, l’histoire des personnes, l’histoire de notre Eglise, l’histoire collective de notre humanité.

 

L’Esprit Saint est l’acteur principal. Sans l’Esprit, nos liturgies sont vides, nos prédications sont lettres mortes, notre apostolat est ouvrage de mains humaines.

 

L’Esprit Saint est l’acteur principal dans la proclamation de la Parole, dans le chant et la musique, dans la réception dans les cœurs, du travail, de création de la Parole.

 

En ce jour de Pentecôte, dans la grâce de l’ordination diaconale de Thomas Poussier, nous demandons à l’Esprit Saint de nous habiter, d’être notre consolateur, de poursuivre en nous l’œuvre du Créateur, pour nous sanctifier et faire de nous des serviteurs fidèles de l’Evangile du Christ Jésus.

 

Mgr Christophe Dufour

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