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VACANCES DANS LES ILES GRECQUES : TEMOIGNAGE

  • PAROISSE DE MARTIGUES
Au total, ce sont 30 000 migrants qui se trouvent actuellement sur les îles grecques, selon le Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR) (Le Monde du 8/9)

Au total, ce sont 30 000 migrants qui se trouvent actuellement sur les îles grecques, selon le Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR) (Le Monde du 8/9)

Témoignage transmis par un paroissien de Martigues

 

            - Témoignages des parents, puis un mois plus tard de leurs enfants, sur des rencontres inattendues en mer Égée et sur les îles grecques de Leros, Lesbos, au large de la côte turque.

 

            - Les parents écrivent début juillet ceci à leurs enfants, avant que ces derniers ne partent faire dix jours de bateau sur le voilier de leurs parents :

 

            « Nous sommes à Lesbos à la fin de notre périple qui n'a pas été bien grand cette année, mais avec quelques petits problèmes de pannes de moteur.

Déjà à Leros, île de départ, nous avons été étonnés du nombre de réfugiés qui étaient chaque matin ramenés par la police maritime, mais ils étaient pris en charge et on ne les voyait plus ensuite.

À Chios, le matin en pleine mer un bateau que je prenais pour un pêcheur était rempli de gens qui se sont mis à agiter leur pull pour nous appeler. Le bateau de la police nous a évité un cas de conscience. Ils sont une quarantaine sur de grands pneumatiques. On en retrouve un peu de partout que les Grecs récupèrent.

            Le pire évidemment c'est ici, ils doivent partir de la côte Turque au nord et dériver jusque dans le nord de Lesbos, la capitale Mytilène, étant dans le sud, ils sont des centaines à marcher, on s'est arrêté, ils sont montés à 5 à l'arrière, de tous âges même très jeunes, ceux-là nous ont dit venir d'Afghanistan... On les retrouve dans les rues de Mytilène.

Demain on vote, beaucoup ne savent pas pourquoi, moi non plus !!

            En attendant il y a la queue devant les distributeurs de billets, mais il semble qu'ils soient toujours approvisionnés. …

 

            - Témoignage des enfants, Ghislaine et Arnaud partis sur le voilier des parents, un mois après eux :

 

            « Nous sommes partis le lundi 17 Août pour l'île de Lesbos, où nous attendait le voilier des parents : Dix jours loin des enfants à buller dans les criques turquoise et faire 3 siestes par jour avec de bons bouquins ! Lesbos est une île en face de la Turquie (on la voit au loin).

Les parents nous avaient prévenus qu'il y avait des migrants, qu'il fallait faire attention car même s'ils paraissaient en difficulté on n’avait pas le droit de les prendre à bord, mais il fallait appeler les gardes-côtes, (sinon on est considéré comme des passeurs).

            En sortant du port de Mytilène, on voit déjà les plages jonchées de gilets de sauvetage orange, quelques embarcations type zodiac déchirées.

Le cœur se serre.

Puis le voyage suit son cours, on se repose...

Lors de notre enregistrement au port de Plomari, les gardes-côtes nous apprennent que c'est mille migrants par jour et 10.000 la semaine dernière. Ils sont dépassés, mais restent fiers et discrets.

Le soir une serveuse nous explique un peu le fonctionnement : le camp qui les regroupe à Mytilène, les bateaux réquisitionnés pour les amener sur Athènes tous les jours, la colère des iliens qui ne peuvent plus voyager hors de l’île sauf par avion.

Cette serveuse est sage-femme et n'a pas de travail depuis quatre ans. "Comment la Grèce peut-elle s'en sortir, on a du mal déjà nous-mêmes" ! "L'Europe nous a laissés tomber", nous dit-elle.

"On a trouvé deux cadavres sur la plage la dernière fois. On nourrit ces migrants mais pour combien de temps?" Une autre Grecque nous dira plus tard : "on vote dans 21 jours, vous verrez !!"

 

Puis le voyage suit son cours, on se repose, visites d'eaux thermales, criques, baignades, siestes...

On culpabilise un peu mais on se dit qu’on aide d'une certaine façon les Grecs en étant là.

 

Revenus à Mytilène à cause du vent, on loue une voiture pour faire l'intérieur et voir la forêt pétrifiée.

Là on remarque beaucoup plus les migrants, sur les bords des routes par 30/40 degrés, souvent des jeunes gens, assez calme avec leur...smartphone, c'est la migration Facebook!!

On nous apprend qu'ils sont Syriens, Iraniens, Irakiens, Afghans....

Les Syriens/Irakiens sont souvent d'un niveau aisé, certains sont habillés très chic mais n'ont plus rien.

Sur la route pour la visite de l'île, on voit plein de ces gens qui ont accosté un peu partout, parfois à plus de deux heures de route du camp. Beaucoup de jeunes gens et des familles avec enfants.

 

Au retour de la visite de l’île, je dis à Arnaud que l'on prendra la première famille qui se trouvera sur notre chemin.

C'est une famille Afghane, trois enfants entre 5 et 9 ans, ils sont exténués. On est content de les soulager, mais le père ne vient pas car sa sœur est "plus loin avec ses neveux".... On ne peut pas prendre tout le monde.

Sur le retour, je me demande si on a bien fait de les prendre sans le papa : "vont-ils se retrouver ?", "est-ce une si bonne idée ?", "si ça se trouve je viens de les séparer ?", "la fausse bonne idée de l'Occidentale"…

 

Les enfants s'endorment. Je demande à la maman où ils vont ? Elle me répond : "Suisse" !  Pourquoi partent-ils ?  "À cause des bombes de Daesh ", « je pense que l'on a perdu le conflit, je ne m'en rendais pas compte » dit-elle.

On les ramène au centre, on cherche le camp, des migrants Afghans lui indiquent le chemin, elle le fera seule avec ses 3 enfants.

On la croise un peu plus tard (un petit avait oublié sa casquette), un autre touriste l'aide à porter ses 2 sacs à dos.... solidarité.

Les Grecs sont discrets, je ne les ai pas entendus "râler sur les migrants", quelques bagarres pour avoir des billets pour rentrer....

Ces gens ont l'air très calme, à première vue, une Française s'est même baladée de nuit (elle s'était perdue) dans Mytilène mais pas d'agressions.

 

C'est 3000€ pour passer de la Turquie à la Grèce en bateau. Certains ont des bouées d'enfant en plus, car s’il y a un problème, les hommes sortent du bateau et s'accrochent à lui, laissant au maximum les femmes et les enfants en sécurité.

 

J'ai entendu les chiffres 350.000 migrants déjà, dont 240.000 sont passés rien que par la Grèce, les autres par l'Italie, et quelques 2600 morts en mer.

 

Voilà notre toute petite expérience ».

 

Ghislaine et Arnaud

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