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AXEL KAHN EST MORT

  • PAROISSES DE MARTIGUES ET PORT DE BOUC
AXEL KAHN EST MORT

Axel Kahn, mort d’un homme « raisonnable et humain »

 


Le généticien est mort d’un cancer, mardi 6 juillet. Médecin, randonneur, amoureux de la nature, il avait fait de la lutte contre le cancer le dernier grand engagement d’une vie consacrée à la recherche du bien et au goût des autres.
 
 
« Je ne serai bientôt plus. » Axel Kahn l’avait annoncé, le 17 juin, dans le dernier billet publié sur son blog personnel. Depuis plusieurs semaines, il y racontait « La chronique apaisée de la fin d’un itinéraire de vie ». Le généticien, essayiste, est mort mardi 6 juillet d’un cancer, a annoncé la Ligue contre le cancer.

 

Sa maladie avait été diagnostiquée en août 2020. Après une première rémission, le « crabe » l’avait rattrapé, avec une particulière agressivité, en avril dernier. Choix ultime, Axel Kahn avait fait de la lutte et de la prévention contre la maladie qui l’a emporté le « dernier grand engagement de sa vie » - comme il le confiait à La Croix, en mai dernier — en tant que président (bénévole) de la Ligue contre le cancer depuis 2019. « La mort est une vieille amie. Mais côtoyer la mort n’implique pas forcément que l’on éprouve de la sérénité, nous disait-il. La question, en quelque sorte, est de ne pas gâcher cette dernière période de l’existence, car ce qu’il y a à y faire est d’une particulière intensité. Vous êtes amené à aller droit à l’essentiel, à évacuer le superflu. »

 

Un scientifique reconnu

 

Né en 1944, Axel Kahn avait placé sa vie sous une double exigence : « accomplir son devoir », d’abord, être « raisonnable et humain » ensuite, suivant le précepte édicté par son père dans la lettre laissée le jour de son suicide. Son devoir, Axel Kahn le fera en tant que médecin et chercheur.

 

Spécialisé en génétique et hématologie, il intègre l’Inserm au milieu des années 1970. Par ses travaux sur la génétique moléculaire, il devient une figure de la communauté scientifique et de la vie publique, présidant plusieurs années l’Institut Cochin, en pointe sur la recherche biomédicale. « Il aimait la transmission, le partage de savoir, le passage de relais, se souvient le cancérologue (et journaliste) Jean-Daniel Flaysakier. C’était un interlocuteur qui se mettait à la portée des gens.» Son exposition médiatique et son côté volontiers « bravache », lui vaudront toutefois quelques incompréhensions de la part de confrères.

 

Passionné par la question du bien et du mal (« une question fondamentale », confiait-il en 2020), Axel Kahn plaçait l’éthique au centre du travail scientifique, jusqu’à être une voix écoutée, sur le sujet. Membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) de 1992 à 2004, Axel Kahn s’était élevé contre le clonage, l’édition du génome et toute tentation d’augmenter l’homme. « Il avait une conscience aiguë de l’éthique et une capacité à en faire comprendre les enjeux », se souvient Didier Sicard, président du comité à l’époque. Opposé à l’euthanasie, une « fausse liberté », Axel Kahn martelait que tout malade devait exiger que « sa douleur soit soulagée ». Ce n’est « pas toujours le cas, j’en suis l’illustration », constatait-il ces derniers temps. Durant la crise du Covid, il n’avait cessé d’alerter sur les pertes de chance des malades du cancer, dont les opérations avaient été déprogrammées. Toutes les vies ne se vaudraient donc pas ? La pandémie fut pour lui un « immense défi éthique ».

 

Le goût des autres

 

La mort, elle, était une compagne familière .« Il l’a regardée venir avec les yeux ouverts, raconte son amie la psychologue Marie de Hennezel. Axel nous a offert une méditation sur la finitude et montré que les jours d’avant peuvent être beaux. »

 

Pour Axel Kahn, on « [n’était] rien, sans l’autre. C’est pour cela aussi, « qu’il aimait partager ses expériences de vie », comprend Jean-Daniel Flaysakier. Bien avant les Gilets jaunes, ce grand marcheur avait effectué un tour de France, à pied, pour prendre le pouls du pays. « J’ai vu plus de désastres que de bonnes fortunes. J’ai vu de l’inquiétude, du désespoir, du pessimisme », racontait-il à La Croix, à la fin de son périple, en 2015.Longtemps membre du parti communiste, il avait tenté, un temps, de s’engager en politique, au sein du PS, et s’était présenté comme député de Paris, en 2012, où il avait été battu par François Fillon.

 

Issu d’une famille catholique malgré son nom juif alsacien, Axel Kahn avait perdu la foi, à 15 ans. « J’ai voulu créer un humanisme sans Dieu, une notion du bien sans transcendance », confiait-il. Son espoir ? « Avoir donné matière à penser », à ceux qui restent. « Je ne serai bientôt plus, ils seront encore », écrivait-il, quelques jours avant sa mort, en parlant de ses proches (ses filles, son fils, son frère journaliste, Jean-François). « Je les accompagnerai. Eux et les autres dont je me suis efforcé d’honorer la confiance. »

 

Raisonnable et humain.

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