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SI TU VEUX LA VIE

  • PAROISSES DE MARTIGUES ET PORT DE BOUC
SI TU VEUX LA VIE

La beauté mène à Dieu

 

Frère David-Marc d’Hamonville

Moine bénédictin

Abbé d’En-Calcat dans le Tarn pendant onze ans et demi, David-Marc d’Hamonville reste un artiste dans l’âme.

 

De l’homme dans son habit monastique émane une profonde douceur. Le regard d’abord, le sourire bienveillant, la voix feutrée. David-Marc d’Hamonville revendique cette sensibilité, qui ne protège pas des blessures, mais qui embrasse le monde. Tout juste relevé d’un épisode cancéreux, il a séjourné un an chez ses frères de Landévennec (Finistère). Mais il est bien moine d’En-Calcat, depuis 1989, dans le Tarn, entre Toulouse et Carcassonne. Pendant onze ans et demi, il a même été abbé… Surtout, ne dites pas « père », il ne supporte pas : « Dans la Règle de saint Benoît, il y a cent fois le mot ”frère”, jamais “fils”, je suis le frère de mes frères », insiste le supérieur de cette communauté d’une quarantaine de moines.

 

Le 17 mars 2020, la France entrait en confinement. Ce même jour, on lui découvrait un mélanome. Une rechute qui l’a poussé à démissionner de la charge d’abbé quelques semaines plus tard. Élu en septembre, le frère Emmanuel, fragile du cœur, lui succède. Il décède le 8 février dernier, à l’âge de 50 ans. C’est un terrible choc, mais David-Marc d’Hamonville reste confiant pour la communauté éprouvée.

 

Cette confiance, David-Marc d’Hamonville la puise en Dieu : « Mon cœur de moine, c’est la Bible », confie, les yeux vifs, celui qui a écrit plusieurs commentaires bibliques sur l’Évangile de Marc, Jonas ou les Proverbes. Ne croyez pas qu’il s’agit d’une lecture savante : « Pour être témoin de cette parole de Dieu, il faut un homme de chair et de sang », insiste le moine qui reste indéfectiblement un artiste. Et un homme libre : « Quand j’étais jeune, je croyais que la liberté, c’était ne dépendre de personne ; c’est un mythe, nous sommes tous interdépendants. »

 

Issu d’une famille croyante – avec deux oncles dans les ordres – la question monastique émerge pour cet artiste un peu bohème, un peu fonceur. À peine entre-t-il dans l’éducation nationale qu’il démissionne pour monter avec des cousins un hôtel-restaurant dans les gorges du Tarn. L’établissement est la proie des flammes en 1979. Tout est à recommencer. La vie d’artiste le rattrape, mais le décès d’un proche le conduit à En-Calcat. Après un premier séjour, la deuxième tentative, à 32 ans, est la bonne. Même si la valise, aujourd’hui encore, reste sur le haut de l’armoire : « On n’est pas au monastère pour se blinder, se couper les ailes, mais pour rester vulnérable, cultiver une sensibilité la plus grande possible à la présence de Dieu. »

 

Qu’est-ce qui fait tenir ? « Le présent, confie le moine. Le fait de dire, tous les matins, je vais aller jusqu’au soir, je dormirai et on recommencera. » L’ancien père abbé insiste : « Le moine se fragilise avec le temps. » À ceux qui voient en eux des héros de la prière, David-Marc d’Hamonville confesse tout le contraire : « Certains sont suffisamment structurés pour aller au bout du monde. Il y en a d’autres, et je pense être de ceux-là, qui sont trop fragiles pour vivre dans ce grand mouvement du monde. » En 2009, la communauté l’a élu abbé, lui qui, se méfiant des figures tutélaires, reprend les mots de Jean XXIII : « Je ne suis que le pape, regardez plus loin, plus haut, le modèle, c’est le Christ. »

 

N’empêche : le rôle de l’abbé est central. David-Marc d’Hamonville sourit : « Si les choses sont graves, ce qui est arrivé souvent, il est toujours possible de trouver le trou de souris par lequel la vie continuera d’être donnée. » Quatre fois par semaine, l’abbé commente la règle monastique, qui tient presque en un mot : « Écoute ! » Écouter ses frères, écouter la parole de Dieu. « Dans ma vie, je pourrais toujours écouter… », confie l’abbé, alors même qu’il prend la plume pour confier à ses neveux ce qu’il ne leur a jamais imposé de vive voix. « Transmettre, c’est la grâce des dernières années », reconnaît l’auteur qui donne encore à méditer aux lecteurs (1) : « Je crois aux minutes silencieuses, à la prière souvent sèche, aride, presque toujours. »

 

Dans ce quotidien banal, le frère d’Hamonville se souvient de ce temps d’oraison après vêpres, au début de sa vie monastique, dans la pénombre de l’église abbatiale. Ce jour-là, la prière est inaccessible, le temps incroyablement long. « Soudain j’ai été envahi d’une joie semblable à celle que j’éprouve quand je termine un tableau, cet instant extraordinaire et fragile où le tableau apparaît, il est donné, il ne faut plus que j’y touche… J’ai senti que j’étais là, avec cette joie formidable surgie pendant l’oraison. »

 

« Le beau est une visitation », conclut le moine qui se dit encore au début du chemin : « On croit qu’il suffit d’entrer (au monastère). Et trente ans après, on est toujours là, sur le seuil. La porte est toujours là, devant soi. Et Dieu recule à mesure qu’on s’avance. »

 

(1) Si tu veux la vie, David-Marc d’Hamonville, Albin Michel, 264 p., 17,90 €.

SI TU VEUX LA VIE
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À retrouver à la librairie L’Alinéa :


 

Si tu veux la vie

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