PAROLE, FIDÉLITÉ, PAIX
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Chers frères et sœurs dans le Christ,
Quelle richesse cet évangile selon saint Jean ! Quelle richesse !
Richesse par la densité et la beauté du discours de Jésus, le Christ notre sauveur.
Je vous assure que lorsque j’ai lu et médité cet extrait, j’en ai été presque étourdi, tant il y avait de mots et d’idées qui me venaient à l’esprit.
Mais en le relisant calmement, avec les autres textes du jour, 3 mots parmi tous ceux qui tournoyaient dans mon esprit m’ont donné envie de partager avec vous une homélie.
Ces 3 mots sont Parole, paix et fidélité.
Ces 3 mots sont indéniablement liés entre eux, liés à Dieu, et sont exprimés avec force dans cet évangile. J’ose dire que ces 3 mots s’interpellent entre eux et par là-même nous interpellent.
Parole. Parole au singulier avec majuscule, paroles au pluriel avec minuscule. Jésus emploie bien les 2 !
La Parole, c’est celle à laquelle Jésus nous convie, nous demande d’être fidèles.
Être fidèles à la Parole, c’est être fidèles à Dieu en étant fidèles à son enseignement. Et puisque l’unique enseignement de Dieu est celui de l’Amour, être fidèle à la Parole signifieêtre fidèle à son projet d’Amour pour l’Humanité.
Les paroles au pluriel, sont les mots permettant de transmettre le message de ce projet.
Et vous le savez bien, les paroles ont vite fait de s’envoler.
C’est pour cette raison que Jésus nous demande de Lui ouvrir notre cœur, précisément pour qu’il y demeure, Lui, avec le Père et l’Esprit Saint.
Les paroles n’auront fait que passer, mais la Parole restera active en nous et avec nous.
Prions le Seigneur pour que les paroles révélatrices d’Amour demeurent en nous.
Prions le Seigneur pour que les paroles porteuses de méfiance, de défiance, de haine d’orgueil passent.
La Parole de Dieu, celle naturellement que nous venons chercher à la messe, c’est aussi bien l’Evangile et les différentes lectures, que l’Eucharistie. Parce que l’Eucharistie est la présence réelle du Christ, et parce que le Christ est le Verbe fait chair, le Logos, la Parole.
Cette Parole-là est un souffle de Vie et d’Amour ; il nous est donné dans la grâce de l’Esprit Saint.
Cette Parole-là nous aide à discerner dans les paroles du monde. Cette Parole-là nous aide à nous maintenir dans la Fidélité, à maintenir le souvenir, le mémorial, la Tradition.
La Parole nous aide certes, mais elle ne fait pas tout toute seule !
Il nous est impératif de l’activer, de la mettre en action, de la mettre en pratique.
Car la Parole sans action, c’est comme si vous mettiez de l’essence dans le réservoir de votre voiture, mais que vous laissiez votre voiture au garage !
André, notre ami diacre, diacre de « quarante ans », nous répète inlassablement : « Que cet Evangile pénètre mon intelligence pour que je le comprenne, qu’il pénètre ma bouche pour que je le proclame et qu’il pénètre mon cœur pour que je l’aime ».
Il a raison, mais je vous engage, comme moi, à compléter sa monition, dans votre tête et peut-être par un geste très discret comme je le fais, par « Et que je le mette en pratique !»
La Parole peut être accueillie dans les paroles, mais elle peut aussi être accueillie dans le silence.
Si un silence en dit beaucoup, alors provoquons-le… ! 1minute, 1 heure, 1 week-end de retraite et que sais-je encore…
Le nouveau missel nous y invite largement à ces temps de silence durant la messe, n’en déplaise aux organistes, même après les paroles d’une homélie !!
La parole est une aile du silence, a écrit le poète Pablo Neruda.
La mise en pratique de la Parole n’est, pour tout un chacun, pas toujours facile. Parce qu’elle se heurte parfois à notre manque de fidélité et de recherche de la Paix. Voilà, fidélité et Paix, les 2 autres mots dont je vous avais parlé au tout début de mon homélie.
La paix du monde passe souvent par des compromis, des armistices, des contrats, un éloignement de notre prochain. La paix du monde, c’est « avoir la paix ».
Mais la Paix du Christ, c’est « être dans la Paix », dans une Paix, comme un pur don gratuit, sans compromis, sans défaillance, sans manque de fidélité et d’amour. La Paix du Christ c’est une paix intérieure à l’intimité de l’Homme.
Dans la première lecture, Paul, Barnabé, Jude et Silas trouvent une solution au problème de la circoncision ; en fait ils trouvent une espèce de compromis pour avoir la paix.
La paix humaine certes, mais cette paix est d’abord ancrée dans la fidélité à certains commandements de la loi de l’Ancien Testament quand on y regarde de plus près. Fidélité à Dieu, à l’unique Dieu, fidélité à son conjoint légitime, renoncement aux idoles et à tout ce qui s’y rattache.
Finalement ce compromis n’est rien d’autre qu’une mise en pratique du seul commandement d’Amour et de respect de nos prochains, quels qu’ils soient. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
La Paix de Jésus Christ est une Paix simplement fondée sur l’Amour, une Paix synonyme d’amour de tous, maintenant et pour l’éternité.
L’amour et le respect de tous, malgré nos différences, pour tous les hommes, de toute langue, de tout peuple, de toute nation. C’est le message de Paix « Urbi et Orbi » lancé par le Pape à Pâques.
C’est sans aucun doute ce que nous entendons dans la seconde lecture avec les 12 apôtres, les 4 points cardinaux, qui représentent la Terre entière.
Dans quelques minutes, après la proclamation du Notre Père, le prêtre nous rappellera les paroles de Paix du Christ, et il nous redira en son nom « Je vous laisse la paix je vous donne ma Paix », puis rajoutera « Ne regarde pas nos péchés mais la Foi de ton Eglise, donne-lui toujours cette Paix et conduis la vers l’unité parfaite »
Alors nous commencerons à nous donner cette Paix du Christ en restant Fidèle à sa Parole.
Cette Paix du Christ nous nous la donnerons avant de recevoir le Corps du Christ à la communion.
Vous vous rendez compte : se donner la Paix du Christ avant une Alliance !
Ah, si toutes les relations humaines fonctionnaient de la même manière !
Bien entendu il nous revient après la messe de mettre en pratique, cet engagement de demeurer fidèles à cette Parole de Paix, c’est-à-dire d’amour de notre prochain.
D’ailleurs, avez-vous remarqué que d’une certaine manière nous nous y engageons en proclamant le Notre Père. Dans le Notre Père certes nous demandons au Seigneur de nous garder dans sa Miséricorde, mais nous, nous nous engageons à une unique chose : « à pardonner à ceux qui nous ont offensés » ! Quelle belle déclaration de fidélité !
Pardonner quelqu’un cela signifie bien plus que donner, vous le savez bien.
Celui qui arrive à pardonner demeure dans la Paix du Christ. Car être dans la Paix du Christ, c’est avoir une confiance inébranlable, sans faille, au Père, en accordant nos paroles et nos actes.
En agissant ainsi nous deviendrons de vrais « fidèles » », c’est-à-dire des croyants pratiquants, et non des croyants non-pratiquants !
AMEN




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