UN DÉLUGE DE GENTILLESSE ET D’HUMANITÉ
-
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Nous sommes le premier dimanche de l’Avent.
L’Avent c’est la préparation à la Nativité de Jésus, le Christ, en vue de son avènement.
Alors nous pouvons, et je m’y inclus, nous poser beaucoup de questions, parce que l’Evangile du jour commence par « Comme il en fut aux jours de Noé, avant le déluge, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme », c’est-à-dire du Christ.
Ainsi quelques questions surgissent : pourquoi commencer un avènement, c’est-à-dire un début de règne, par un déluge, une catastrophe en quelque sorte ? Pourquoi Jésus nous interpelle-t-il sur la chance ou la malchance d’être ou ne pas être pris ? Les choix du Seigneur sont-ils dictés par le hasard ? Si on mène une vie honnête, une vie de juste, envers les autres et envers Dieu, si on travaille (comme ces hommes et ces femmes de l’évangile qui vont aux champs ou aux moulins), si on s’investit dans une association caritative, au catéchisme, à la paroisse, si on garde ses petits-enfants ou ses petits voisins etc, pourquoi ne serait-on pas pris ?
Et puis que veut dire « être pris » ? Que doit-on faire pour « être pris » si « être pris » est une fin heureuse ?
Voilà quelques questions, et chacun en trouverait tant d’autres.
En méditant plus profondément ces textes, en fait au-delà des questions, j’ai trouvé quelques éléments de réponse, quelques voies à approfondir encore et encore.
Principalement 2 voies à parcourir, avec des points communs et des liens indéniables entre elles.
Le premier élément c’est le mur avec son trou.
Le trou creusé par le voleur pour pénétrer dans la maison.
Le trou dans le mur, c’est le point faible du mur par lequel s’est introduit le voleur, le voleur qui vient violer l’espace intime. Au Musée du Louvre, il paraît que c’est la fenêtre le point faible…
Certes un mur de maison sans orifice sera plus solide, mais il ne laissera passer aucune lumière.
Alors pour moi, ce mur sans trou est comme une carapace qui nous protège dans certains cas, mais qui nous isole dans tant d’autres. Il nous isole de notre prochain comme de Dieu, et nous laisse centrés uniquement sur nous-mêmes.
Le mur de la maison , dans ma méditation de l’évangile, je l’ai perçu comme étant nos péchés d’orgueil, d’égoïsme, d’insouciance, « d’in-souciance » de nos proches. Le mur plein empêche de voir. Loin des yeux, loin du cœur, pourrais-je dire !
Le voleur, le mal ou le malin se sont introduits chez nous, par un point de faiblesse de notre carapace. Ils ont réussi à le faire !
Alors je fais la remarque suivante : et si nous profitions de ce « trou », de cette ouverture de notre mur-carapace pour faire entrer la lumière. Un mur plein ne peut pas laisser passer la lumière, mais un trou oui !
Eclairons nos maisons certes, mais d’abord éclairons nos cœurs ! quel beau programme pour l’avènement de Jésus ! Quel beau programme pour l’Avent.
Changeons nos ténèbres en lumière !
Un peu comme on le fait, ou on essaie de le faire avec la grâce de Dieu avant Pâques.
En ce sens l’Avent est comme un Carême, c’est une période propice à la conversion.
N’en doutons pas !
Laissons le Christ percer le mur de nos peurs, de nos résistances, mais également de nos assurances, de nos sécurités, de nos insouciances, parce que, dans les deux cas, nous nous isolons et nos cœurs charitables ne produisent plus de nouveaux fruits.
Revêtons nos habits de lumière, rejetons les activités des ténèbres, revêtons le Seigneur Jésus Christ. C’est saint Paul dans la seconde lecture qui nous le demande.
Il a raison car c’est dans la nuit qu’il est beau de croire à la lumière !
Jésus ne nous empêche pas de bien vivre, de vivre sans problème, sans souci. Non bien entendu.
Mais il est toujours dangereux de ne se « douter de rien », comme les gens dans l’histoire de Noé.
En fait de faire comme si notre déluge à nous n’allait jamais arriver, comme si aucun voleur n’allait pénétrer chez nous, etc. c’est-à-dire comme si nous étions infaillibles, sans péchés, comme si nous pouvions nous débrouiller tout seuls, etc.
Ne se douter de rien, c’est parfois aussi penser tout savoir.
Mais alors, que faire ? comment faire pour laisser entrer la lumière de Dieu en nous,
Comment revêtir le Christ comme au jour de notre baptême ?
C’est vraiment là la seule question, ma seconde question, et voie de réponse(s)qu’il faut creuser par conséquent, puisque nous ne savons ni quand, ni où, ni comment le Seigneur se manifestera à nous, nous prendra, qui il prendra etc.
C’est dans la première Lecture que j’ai trouvé des éléments de réponse, une voie à creuser, pour ne pas dire un mur à creuser.
Ecoutez à nouveau ce très court passage : « de leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles. »
C’est une véritable transformation. Transformation, donc conversion, que nous propose le Seigneur par la bouche inspirée d’Isaïe.
Cette proposition m’a toujours, personnellement interpellé et plu, car finalement, le Seigneur nous propose là un chemin de Paix.
La paix avec soi-même, la paix avec autres, la paix avec Dieu…, la Paix de Dieu.
Pendant les guerres et les révolutions, tous les paysans du monde ont transformé leurs outils agricoles en armes de destruction, de guerre. Dieu nous propose l’inverse : transformer nos armes de destruction en outils de construction, de son Royaume.
Le trou par lequel le Mal arrive devient le trou par lequel la Lumière arrive.
Alors posons-nous la question, et je m’y inclus, quelles sont mes épées, mes lances ou mes flèches ?
Comment puis-je les transformer petit-à-petit, les émousser pour en faire des instruments de paix et de charité ?
Par exemple, si je dis systématiquement non à quelqu’un, comment puis-je raisonnablement, et progressivement lui dire oui ?
Si je sais que j’ai une tendance à avoir un avis négatif sur une ou des personnes, comment puis-je inverser cette tendance ? Avec l’aide de Dieu bien entendu.
Le Seigneur nous demande de veiller pendant l’Avent. Il nous demande de veillerà être toujours et de plus en plus ouverts à sa Lumière, à rester vigilants au mal, aux mauvaises actions, pensées et paroles dont nous serions l’auteur.
Et enfin, à rester vigilants aux manifestations de Dieu. Nous en serons enrichis, elles laisseront une trace indélébile dans nos mémoires, et sans aucun doute elles enrichiront aussi nos proches.
Enrichis par un trou de voleur, c’est fort non !
Alors, permettez-moi de conclure par ceci et prier avec vous : que ce nouvel Avent soit non pas un perpétuel recommencement, mais un véritable avancement dans le projet de Dieu pour construire son Royaume, et qu’ici-bas, le seul déluge à espérer soit un déluge de gentillesse et d’humanité.
AMEN
Patrick Alouin, diacre




/image%2F1450723%2F20251130%2Fob_da39a4_img-3179.jpeg)