CET AFFLUX DE CATÉCHUMENES QUI BOUSCULE LES HABITUÉS DANS NOS PAROISSES
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La conférence des évêques de France n’a pas encore donné les chiffres officiels mais effectivement le nombre de baptêmes à Pâques devrait dépasser les 20 000 cette année. Ils étaient 17 800 l’an dernier à recevoir le baptême. Ces catéchumènes qui fleurissent dans les paroisses, Fleur Perrin en est témoin. Cette mère de 6 enfants accompagne depuis deux ans les catéchumènes de la paroisse Sainte Colombe à Vienne en Isère. Une petite paroisse vieillissante qui pourtant voit affluer des catéchumènes. Ils sont 6 ou 7 à demander le baptême cette année. C’est à la fois une joie et une surprise. Fleur nous en dit plus sur le visage de ces catéchumènes.
Parce qu'ils posent des questions auxquelles on ne sait pas toujours répondre, les nombreux catéchumènes qui se présentent dans nos paroisses viennent bousculer les habitués, les catholiques pratiquants de longue date. Ces nouveaux visages de l'Église, hommes ou femmes, jeunes et moins jeunes, issus de milieux différents, ont tout à apprendre du catholicisme, de ses rites, de ses dogmes et de ses codes. "Ils viennent nous renouveler dans notre foi", se réjouit Fleur Perrin, accompagnatrice en catéchuménat.
Pourquoi tant de catéchumènes et d'où viennent-ils ? En ce temps de Carême, dernière ligne droite avant le baptême, ils vivent une période intense sur le plan spirituel, marquée par l’appel décisif et les scrutins. Dans les différentes paroisses de France, ces nouveaux visages de la foi chrétienne bousculent les pratiquants, les habitués.
"Pour nous, c’est impressionnant, on se demande d’où ils sortent même !" Fleur Perrin a choisi d'accepter la mission de les accompagner, au sein de sa paroisse Saint-Ferréol-et-Bienheureux-Ozanam, qui regroupe douze clochers du département du Rhône. Une paroisse située sur un territoire semi-rural, plutôt vieillissante, mais qui attire de nouveaux venus. Des hommes et des femmes venus de milieux divers, qui ont tout à apprendre du catholicisme, de ses dogmes, de ses rites et de ses codes. Et qui renouvellent la foi de ceux qui les accueillent.
Ces catéchumènes qui bousculent dans nos paroisses
Mère de six enfants, Fleur Perrin a grandi dans une famille pratiquante. En voyant ses parents ou grands-parents prier ou aller à la messe, elle a compris qu'il y avait là quelque chose d'important. Devenue mère de famille, c'est naturellement qu'elle s'est engagée dans la catéchèse. Elle est une habituée donc, qui accueille avec joie les nombreux catéchumènes – un phénomène nouveau dans sa vie de catholique.
"Je n’ai pas connu tellement ça avant, reconnaît Fleur Perrin. Quand j’étais enfant, on ne connaissait pas de catéchumènes. Là, c’est vrai que de voir des gens arriver à l’église, avec les yeux de la foi, c’est vraiment un signe d’espérance et un cadeau pour nous !" Parce qu’ils posent des questions que les habitués ne se posent pas ou plus, et auxquelles on ne sait pas toujours répondre, les catéchumènes bousculent les croyants. Pour Fleur Perrin, il y a là quelque chose de "très régénérant". "Les catéchumènes viennent nous renouveler dans notre foi."
Si, au sein de l’institution ecclésiale, on reconnaît que l’on ne s’y attendait pas, Fleur Perrin savoure cette surprise, comme un clin d’œil divin. "Je me dis que ça vient secouer l’Église institution. On veut tout maîtriser, on fait des tas de calculs et puis en fait ce n’est pas comme on pensait. C’est toujours ce que je me dis quand je les vois : Je crois que Dieu existe en fait !"
Catéchumènes : "Il n’y a pas de profil type"
Dans la paroisse de Fleur Perrin, on se prépare à célébrer six ou sept baptêmes d'adultes à Pâques. "Pour nous, c’est impressionnant, confie-t-elle, on se demande d’où ils sortent même !" Qui sont donc ces catéchumènes et d'où viennent-ils ? Cette année, la paroisse a confié à Fleur Perrin le soin d'accompagner Sarah. À 45 ans, "en relisant sa vie depuis sa petite enfance, elle se sent accompagnée par Dieu. Aujourd’hui elle fait ce pas mais en fait, ça a été semé il y a très longtemps."
"Il n’y a pas un profil type de catéchumène", observe Fleur Perrin, qui a aussi accompagné une jeune fille de 22 ans, dont le conjoint était chrétien et qui avait grandi auprès d’un père anticlérical et d’une mère croyante catholique. Homme ou femme, jeune adulte ou quadragénaire, certains ont vécu une expérience spirituelle après une épreuve de vie, d’autres veulent être baptisés pour ensuite se marier ou pour être parrain de baptême...
L'arrivée massive de catéchumènes vient transformer les lieux de sociabilisation que sont les paroisses. "Les gens se retrouvent à la Messe, ils parlent à leurs copains. Parler à celui que l’on ne connaît pas, qui débarque de la lune, parfois on vient de milieux différents, c’est stimulant mais tout le monde n’a pas ce rapport-là."
Une nécessité pressante de se former pour les "vieux chrétiens"
Peu à peu dans les paroisses de France, "on prend conscience que l’accueil est important". C’est peu de temps après son arrivée à Sainte-Colombe, il y a trois ans, que Fleur Perrin a été contactée par la responsable du catéchuménat. Installée avec son mari et leurs six enfants dans ce village situé juste en face de Vienne, de l’autre côté du Rhône, elle se "[posait] pas mal de questions". "Je m’étais dit au moment du Carême : Seigneur, montre-moi où tu m’attends, je ne sais pas dans quoi je m’engage."
Fleur Perrin n’a pas hésité à accepter la mission qui lui était confiée, même si accompagner un ou une catéchumène, cela revenait à accepter, au moins au début, d’être "la seule personne de l’Église" qu’il ou elle rencontre. "Je trouvais que ça faisait beaucoup de responsabilités sur mes épaules." Et bien qu’intéressée à l’idée "d’accompagner quelqu’un qui découvrait l’Église, la foi", Fleur Perrin s’est sentie tout de même "intimidée" au début.
Avec Sarah, elles se retrouvent tous les quinze jours et lisent ensemble l’évangile de Marc. Mais comment répondre à toutes les questions que pose la catéchumène, sur la Bible, les rites, les sacrements, l’Église… ? Pour Fleur Perrin, dans ces questions auxquelles elle ne sait pas toujours répondre, "il y a quelque chose de très renouvelant". Cela l’a encouragée à suivre des formations, notamment sur l’Ancien Testament.
Se laisser évangéliser par les catéchumènes
Les catéchumènes bousculent les habitués et aussi ceux qui font le choix de les accompagner. Un jour, l’une d’elle a confié à Fleur Perrin ne pas "se sentir digne d’aller à la Messe". "Ça m’a beaucoup touchée. Elle avait comme le syndrome de l’imposteur alors que tout le monde est digne d’aller à la Messe ! Et à la fois, je trouvais que c’était assez beau ce respect alors que moi, habituée, je ne me pose pas mille questions…"
Sans l’avoir anticipé, Fleur Perrin s’est engagée dans un véritable chemin de renouvèlement de sa propre foi. "Ça m’a fait relire ma vie de foi, ça m’a redonné le goût de la prière, des Écritures." Considérer la façon dont Dieu se rend présent dans la vie d’une personne, cela donne envie de se pencher sur sa propre histoire. "J’ai revisité des moments de ma vie où moi aussi j’avais reçu des grâces, des consolations."
Il y a huit ans, Fleur Perrin est revenue vivre en France après plusieurs années à l’étranger. "J’ai trouvé que les catholiques que je côtoyais étaient assez identitaires. Je n’avais pas toujours l’impression que c’était facile d’avoir des discussions spirituelles." Se mettre au service du catéchuménat lui a donné la possibilité d’avoir "une vie spirituelle vivante". "C’est ça qui m’a fait beaucoup de bien, on n’est plus tellement dans : Il faut, on doit, mais : Dieu m’aime et Il a donné sa vie pour moi et ça me rend libre... Cela m’a beaucoup nourri de pouvoir parler spiritualité, en fait."
Ils sont un peu tout feu tout flamme au début. Je leur dis toujours que la foi est faite de consolations et de désolations. C’est peut-être là ce que nous on peut apporter comme vieux chrétiens
Trouver la juste distance
Il n’est pas toujours simple de trouver la juste distance avec celui ou celle que l’on accompagne vers le baptême. Devenir chrétien, s'engager dans l'Église catholique, c’est entrer dans une vie de prière mais aussi une vie où l’on va se rendre à l’église. Peu à peu, on va appartenir à une communauté et tenter de vivre en chrétien. Et peut-être de transmettre la foi à ses enfants. Cela va infuser dans de nombreuses sphères de la vie quotidienne. "Il y a toute une culture chrétienne au-delà de la relation personnelle", reconnaît Fleur Perrin.
Trouver la juste distance donc quand il y a tant de choses à transmettre. Et quand parler de la vie spirituelle conduit bien souvent à aborder des sujets intimes. "Cela dépend des personnes, remarque Fleur Perrin, certaines sont plus ou moins pudiques, chacun est à son stade… C’est sûr qu’on est dans une relation très intime." Quelle est donc la bonne attitude à avoir ?
Dans cette relation, "on est à côté", décrit Fleur Perrin et surtout pas en surplomb. "Il y a un effet miroir entre ce qu’elle vit, que moi j’ai pu vivre. Je peux le relire, lui en parler. Ou alors à l’inverse quelque chose qu’elle vit et je ne suis pas du tout là-dedans."
Pour Fleur Perrin, son rôle est "d’être témoin" d’une rencontre avec le Christ. De pouvoir rendre compte d’un cheminement que vit le futur baptisé. "C’est ça qu’il faut avant le baptême. L’enjeu c’est quand même qu’il y ait eu une rencontre avec le Christ pour entrer dans une vie chrétienne, en fait." Et puis, accompagner aussi dans les moments de doute. "Ils sont un peu tout feu tout flamme au début. Je leur dis toujours que la foi est faite de consolations et de désolations. C’est peut-être là ce que nous on peut apporter comme vieux chrétiens. Quand ça ne va pas trop, de les rassurer, ça fait partie de la vie spirituelle."
Et une fois la personne baptisée, la laisser suivre son chemin. "L’enjeu pour un accompagnateur, c’est aussi de s’effacer. Une fois qu’ils sont baptisés, ils vivent leur vie et c’est très bien. Toute la beauté de ce chemin c’est petit à petit de lâcher la main." À la fin d’un parcours, une catéchumène lui a dit : "Rien n'a changé mais tout a changé." Fleur Perrin y repense souvent. "Cela dit beaucoup de ce qu’est la foi dans notre vie. On a notre vie normale mais on voit les choses différemment."
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