UN EVENEMENT : ANDREA RICCARDI A NOTRE-DAME
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Conférence de Carême du dimanche 1er avril :
« Solidarité : réalisme et esprit »
Avec M. Andrea RICCARDI,
Fondateur de la Communauté de Sant’Egidio.
Notre époque troublée est marquée par des sentiments de peur, d’incertitude et de déstabilisation.
Pour l’Église, c’est un temps particulièrement opportun pour prendre ou reprendre l’initiative et déployer les richesses de son « expertise en humanité ».
Face aux impasses de l’individualisme et à la dictature du matérialisme, l’Église, qui est « mère de tous et particulièrement des pauvres » (Jean XXIII), ouvre la perspective généreuse de l’humanisme chrétien qui se fonde sur l’amour et la défense des plus fragiles. Ceux-ci ne sont-ils pas « le trésor précieux de l’Église » (Benoît XVI) ?
L’expérience humaine et spirituelle de la Communauté de Sant’Egidio avec les personnes pauvres a permis d’écrire une histoire de charité inventive, de solidarité et de sympathie pour le monde, à commencer par ceux qui en sont exclus.
Partir des derniers pour arriver à tous n’est pas une utopie, mais un travail concret.
Pour bâtir une culture de paix et redonner les raisons du vivre ensemble, notre époque a besoin d’hommes et de femmes spirituels.
Dans des sociétés en panne de vision et d’espérance, nous pouvons changer le monde en partant des plus faibles, car ils peuvent être des maîtres d’espérance.
Un méditerranéen dans la chaire de Notre-Dame.
Le Bloc-Notes de Jean-Claude Petit
Non, je puis vous l'assurer, ce n’est pas un poisson d’avril ! Dans la chaire de la cathédrale Notre-Dame de Paris d’où sont prononcées, depuis 1835, les célèbres conférences de Carême, prendra place, ce dimanche des Rameaux 1er avril, une grande voix de la « Mare Nostrum », de son héritage et de son message d’espérance.
Historien réputé, fondateur en 1968 de la Communauté de Sant’Egidio reconnue pour son action mondiale au service de la paix et de la réconciliation, le Professeur Andrea Riccardi, né en 1950 en Italie, est depuis le 16 novembre 2011 ministre de la Coopération internationale et de l’intégration dans le gouvernement de Mario Monti. Il sera dimanche après-midi à Notre-Dame, l’un des nombreux successeurs du Père Lacordaire à ce grand rendez-vous historique de réflexion sur l’actualité de la foi chrétienne. Il y traitera à sa manière, après les orateurs des semaines précédentes, le thème choisi par le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris : « La solidarité : une exigence et une espérance ».
Si je prends le soin et le plaisir de consacrer ce Bloc-Notes à la venue et l’intervention d’Andrea Riccardi, ce n’est pas seulement en raison de la longue et profonde amitié qui nous lie et qui lie le réseau Chrétiens de la Méditerranée à celui de la Communauté de Sant’Egidio. C’est aussi et surtout parce que l’événement en lui-même est le porteur d’une symbolique forte. Je m’explique.
Voilà qu’enfin de Notre-Dame de Paris, à trois semaines de l’élection présidentielle, grâce à un ami italien, la Méditerranée sortira quelques heures durant de l’oubli dans lequel l’emprisonnent nos responsables politiques et nos médias.
Oublié, le peuple grec affronté à la crise qu’on sait ; oubliés, Chypre et son interminable division ; oublié, le Liban pris en tenaille entre Israël et la Syrie ; oubliés Gaza et son Blocus; oubliéesles révolutions arabes et la tragédie syrienne. Mais oubliée aussi, chez nous, volontairement, l’anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie dont les plaies saignent toujours, chez les uns et chez les autres. Et oublié encore, à Marseille même, le Forum mondial de l’eau consacré à l’un des sujets les plus cruciaux pour l’avenir de la planète.
J’arrête là. Je pourrais hélas prolonger ainsi la triste litanie de ces dénis de mémoire. Ils sont l'inquiétante marque de nos replis identitaires quand la paix exige de nous ouvrir. Ils sont autant d’aveuglements dangereux et d’erreurs stratégiques graves quand il s’agit de construire le vivre ensemble mondial auquel Andrea Riccardi, inlassablement, consacre ses énergies et ses talents.
Je ne sais pas ce que le fondateur de Sant’Egidio, tout jeune ministre de la Coopération internationale et de l’intégration du gouvernement italien nous dira dimanche. Ce que je sais, c’est son inquiétude face à ce qu’il appelle, à juste titre, « l'affadissement de la conscience européenne. » Mais ce que je sais aussi, c’est qu’avec une ténacité à toute épreuve et un sens aigu de la communication, il est aujourd’hui sans doute l’un des porteurs les plus fidèles et l’une des voix les plus percutantes du message dont la « Mare Nostrum » est la matrice. « Il nous faut faire grandir une culture qui partant du groupe national, s’élargisse à un horizon plus large, écrit-il dans son livre « Vivre ensemble » (DDB, p. 171). Et il ajoute : « Sans culture partagée, on ne peut pas faire grand-chose dans notre monde et surtout, on court beaucoup de risques ».
Le chemin pour y parvenir, Riccardi le décrit un peu plus loin en se référant à son ami Olivier Clément : « Si nous ne voulons pas revenir à l’homme des cavernes, nous devons découvrir l’homme intérieur dans les cavernes de l’homme. » (DDB, p. 186)
Ce que je sais enfin, c’est de quelle façon cet humaniste dont la foi chrétienne s’est nourri journellement depuis 1968, de la prière biblique et du service des pauvres, tisse des liens sans discontinuer entre l’étude et l’engagement.
Entre l’analyse intellectuelle de l’histoire et de la réalité contemporaine et la plongée dans le concret de la vie de ses frères humains.
Entre les paroles et les actes. Critique, avec d’autres catholiques italiens, de la politique et des méthodes de gouvernement de Silvio Berlusconi, il est allé au bout de sa logique d’engagement en acceptant de se salir les mains quand Mario Monti lui a demandé de devenir son ministre de la Coopération internationale et de l’intégration. L’homme s’efforce de faire de sa vie une leçon de choses. C’est sans conteste ce qui le rend crédible. Pour cet homme là, partir des derniers pour arriver à tous n'est pas une utopie mais un travail concret. Il sait d'expérience, avec ses milliers d'amis de Sant'Egidio, que nous pouvons changer le monde en partant des plus faibles. Car, aime-t-il à dire, "les pauvres peuvent être des maîtres d'espérance".
Qu’on les appelle « Solidarité internationale », « Vivre ensemble », « Alliance des civilisations » ou « Dialogue des Religions et des Cultures », tel sont bien les mots porteurs de la vision et de l’engagement d’Andrea Riccardi. Ce sont aussi ceux du message de la Méditerranée à travers les méandres de son histoire.
Aux citoyens que nous sommes de contribuer, avec le prédicateur de Notre-Dame venu d’Italie, à les sortir de l’oubli. Il y a urgence si nous voulons travailler à construire un monde plus fraternel et plus paisible.
Jean-Claude PETIT
Président de Chrétiens de la Méditerranée




