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LE CAREME EST-IL LE RAMADAN DES CHRETIENS ?

  • PAROISSE DE MARTIGUES

Pierre Claverie

    Mgr Pierre Claverie, ancien évêque d'Oran, le 02/03/1996

 

 

Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, méditait sur les similitudes et les différences entre le Carême et le Ramadan, quelques mois avant sa mort, le 1er août 1996. 

Ce texte permet de situer l’un par rapport à l’autre,

Carême chrétien et Ramadan musulman.
 

C’est une grave erreur d’appeler le Ramadan : Carême musulman, comme on l’entend souvent. Le Ramadan est le mois sacré de la révélation : le jeûne est d’abord destiné à disposer les croyants à recevoir la totalité du Coran récité chaque soir jusqu’à la nuit du Destin. C’est aussi un mois d’action de grâce et de fête pour ce don de Dieu qui rassemble la communauté musulmane. Cette loi divine est à observer avec rigueur.
 

Le Carême chrétien est, quant à lui, une préparation à recevoir la vie nouvelle que Dieu donne aux croyants par la mort et la résurrection de Jésus. Il ne s’agit donc pas d’abord d’obéir à une loi, mais de se disposer à recevoir la loi intérieure de l’Esprit Saint. Le Carême est donc un temps pour se rendre disponible, attentif et accueillant à la présence et aux appels de Dieu afin de nous laisser transformer par Lui.
 

Il s’agit de faire la vérité dans notre vie

 

L’homme ne vit pas seulement de pain : par là, Jésus désigne toutes les richesses matérielles, nécessaires mais non suffisantes pour nourrir la vie et lui donner un sens. Pour autant, il ne s’agit pas de renoncer aux biens, à la connaissance ou à la science et encore moins à la responsabilité. Le Carême n’est pas un temps où l’on se soustrait à ses obligations, engagements personnels ou familiaux, travail professionnel, services... pour s’adonner à la pratique religieuse. Au contraire, il s’agit de faire la vérité dans notre vie, en l’arrachant à ce qui la retient prisonnière pour la livrer à Celui qui est la source de sa liberté et de sa fécondité. Plus qu’à un effort pour conquérir une récompense divine, Dieu nous invite à l’abandon. Mais nous savons bien que cet abandon ne peut se faire sans ascèse car nous préférons souvent les chaînes de l’esclavage aux risques de la liberté.

 

Se priver de manger n’est pas le plus important

 

Le jeûne chrétien s’inscrit dans cette perspective. Chacun et chacune doit discerner ce qui pèse le plus sur sa vie pour s’en libérer. La privation de nourriture est un aspect de cette ascèse mais elle n’est pas le plus important. Il y a des gens qui ont faim malgré eux parce qu’ils n’ont pas de quoi vivre. Imposer un jeûne aux riches pour leur rappeler cette réalité et la nécessité de la justice et du partage : c’est là que le jeûne trouve une de ses significations essentielles aux yeux de Dieu.

 

Il en va de même pour toutes les privations que nous pouvons et devons nous imposer : riches ou pauvres, nous avons toujours un     « excédent de bagages » qui nous entrave dans notre marche vers les autres. Tout cela implique une réelle dépossession de notre désir d’accaparement, de domination et de jouissance. Il y a bien une ascèse de l’amour.

 

           Texte paru dans la revue du diocèse d’Oran – avril/mai 1996

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