MEDITATION DE CHRISTIAN SALENSON
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Christ Pentocrator
Pour vous, qui suis-je ?
Il est pratiquement impossible de répondre à la question.
Il en va comme d’une personne que j’aime beaucoup.
Comment pourrais-je répondre
à cette question globale ?
Certes, comme Pierre, je peux dire qu’Il est le Messie,
Le Fils de Dieu…
Mais qu’est-ce que cela fait connaître de Lui ?
Est-ce à cause de cela qu’Il prescrit de ne le dire
à personne ?
Je préfère dire des aspects du Christ…
J’aime chez Lui sa liberté souveraine
vis-à-vis d’Hérode et des grands prêtres.
J’aime quand il se laisse sensuellement aimer
par Marie qui verse le parfum.
Je suis touché par la place qu’il donne aux femmes,
à contre-courant de son temps.
J’apprends à son école
quand je Le vois conduire un dialogue.
Ne répondant pas aux questions
et donnant toute sa place à l’autre…
Je Le vois sur le rivage en train de préparer le repas
pour les apôtres.
J’aime sa question à Pierre…et à moi : « M’aimes-tu ? »
Elle me travaille depuis longtemps.
Il me plaît de Le voir dans la barque de l’Eglise
en train de dormir
quand tout le monde s’agite !
Et puis cela me réjouit beaucoup de L’entrevoir
sur le visage de ceux que j’aime.
Je l’ai souvent éprouvé dans la tendresse partagée.
Et même lorsque le ressenti se fait discret,
je sais qu’Il est là.
J’ai souvent vibré à sa présence sur les sentiers
des Cévennes,
au milieu des châtaigniers centenaires
qui ne parviennent
que difficilement à voiler cette présence.
Je Le pressens dans ce qui vit,
dans la beauté des choses.
Parfois, j’ai été débordé par l’émotion…
J’aime mon Christ Pantocrator,
évoqué par la solennelle majesté d’une icône,
et plus encore pour moi d’un tympan roman.
Il est pour moi Celui qui tient toutes choses dans l’être.
« Tout subsiste en Lui, et sans Lui rien ne fut. »
J’aime « le petit Jésus »
quand je me penche sur un berceau
et que je Le devine sous les traits du nouveau-né
ou que je m’émerveille devant un jeune enfant.
J’aime le Christ puissant de Teilhard,
l’alpha et l’oméga de l’Apocalypse.
Un Christ sans frontières…
Il a brisé les portes des enfers et des tabernacles.
Il est le Christ, présent dans les religions du monde.
Avec Teilhard, je pense que
« Le Christ auquel l’Eglise croit est démesurément
plus grand qu’elle ne l’imagine. »
Je ne L’ai jamais saisi.
Il m’échappe toujours.
Il est présent dans la présence.
Il est la Présence même, insaisissable.
Je Le sais aussi présent dans l’absence.
Je l’ai cruellement expérimentée.
Elle ne cesse de me creuser.
Je sais qu’Il m’attend sur le rivage.
Père Christian Salenson
« Eglise à Marseille », décembre 2010



