>

MGR RAOULT ANALYSE LES EVENEMENTS DANS LES PAYS ARABES

  • PAROISSE DE MARTIGUES

ltmars11_fichiers/bijousahara.jpg desertpsaume

 

Bien chers amis.

 

Il suffit, dit-on, d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres. L’immolation par le feu du jeune Mohammed Bouazizi en Tunisie, a été une étincelle. Et elle a fait exploser la masse des frustrations et des injustices accumulées dans son pays et dans un certain nombre de contrées environnantes. Les soulèvements se sont succédés comme une « traînée de poudre » pour garder cette image, même si aucun pays ne suit en fait la même trajectoire. L’Algérie a déjà connu ces soulèvements qui ont entraîné la terrible « décennie noire ». Celle-ci reste inscrite dans les esprits, et l’on comprend la crainte de voir ressurgir le déchaînement de la violence ; l’Algérie n’en est pas pour autant atteinte d’immobilisme.

 

Dans la réaction en chaîne qui a gagné nombre de pays arabes, plusieurs éléments sont la marque d’une sorte de basculement même s’il serait hasardeux d’en prévoir l’issue.

 

 

* Tout d’abord, ce sont des jeunes qui ont été à l’avant-garde de ce sursaut. Leur mobilisation a été étonnante. Premières victimes d’un avenir confisqué, ils ont su utiliser les moyens modernes qui permettent une communication rapide et qui ne peuvent être maîtrisés par aucun pouvoir : face-book, téléphone portable, mis au service d’un véritable réseau de solidarité et de concertation. Mais aussi, plus largement, la révolution de l'information dans le monde arabe, initiée par la chaîne d'information Al-Jazira à partir du milieu des années 1990 a fragilisé les vérités officielles avec la multiplication des chaînes de télévision arabes pluralistes et concurrentielles.

 

 

* Par ailleurs, ces mouvements ont fait preuve d’une étonnante maturité. Souvent les phénomènes sociaux sont violents, destructeurs et aveugles, voire anarchiques. Mis à part les inévitables débordements locaux et le cas plus particulier de la Libye, une sorte d’intelligence collective, de parti pris de non-violence accompagne cette protestation généralisée et exige des changements profonds dans la gouvernance et la justice sociale.

 

 

* D’autre part, ces déchaînements populaires ont pris au dépourvu aussi bien les dirigeants des pays concernés que ceux du monde occidental qui courtisaient les dirigeants déchus ; ils ne savent comment réagir devant cet élan qui leur échappe. Il en est de même pour les médias occidentaux qui tombent souvent dans le simplisme et une vision caricaturale de l’Islam.

 

* Et enfin, même si ces révoltes ont lieu dans des pays arabes, la pression religieuse islamiste n’est pas à l’origine de cette explosion. Celle-ci semble surgir du plus profond de la conscience humaine, avide de dignité, de respect, de justice et de démocratie. Elle est aussi le fait d’une sorte de lucidité collective qui ne manque ni d’intelligence ni de sagesse. Nous avons vu, sur la place Ettahrir du Caire, musulmans et chrétiens unis dans le même élan.

Certes, les peuples concernés doivent maintenant « gérer » ce mouvement et le conduire vers l’avenir sans qu’il soit détourné de son but, mais comment ne pas espérer voir le cours de l’histoire se dérouler dans le sens des aspirations profondes de la personne et des sociétés humaines ? N’est-ce pas dans ce sens que souffle l’Esprit ?

 

Cela nous ramène, nous, chrétiens, à beaucoup d’humilité. Nous ne faisons pas l’Histoire, mais nous pouvons être des éveilleurs de sens ! Si nous voulons être « ferment dans la pâte » et « sel de la terre », ce ne peut être que dans une faiblesse choisie et une résistance non violente aux forces du mal, à la manière de Jésus.

 

 

Christian Chessel, ce jeune Père Blanc assassiné avec ses trois confrères à Tizi Ouzou en décembre 94, l’exprimait ainsi peu de temps avant sa mort :

 

 

"...La faiblesse de l'apôtre doit être à l'imitation de celle du Christ, enracinée dans la force du mystère pascal et dans la force de l'Esprit. Loin d'être une attitude de passivité ou de résignation, elle suppose beaucoup de courage et pousse à un engagement pour la justice et la vérité en dénonçant l'illusoire séduction de la force et de pouvoir".

 

Nous avons tout le temps du Carême pour méditer ces propos.


+Claude, votre frère évêque.

 

Claude Raoult est évêque du Sahara ; il est l'auteur du livre "Désert, ma cathédrale".

Source : Société des amis du diocèse du Sahara

@paroissemartig © 2010 -  Hébergé par Overblog