QUE RÉSONNE ICI ET PARTOUT LE MAGNIFICAT
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Assomption de la Vierge Marie
Samedi 15 août 2026
ND de Grâces - Cotignac
Chers frères et sœurs,
Monsieur le maire,
Le feu est éteint. Le village a eu chaud. Le sanctuaire a eu chaud. Le dragon « rouge feu » n’a pu dévorer ce haut-lieu spirituel qui fait partie des grands lieux de l’histoire chrétienne de la France. Notre-Dame de Grâces nous rassemble autour du Seigneur Jésus ressuscité. Nous célébrons aujourd’hui l’Assomption de la Vierge Marie, sans oublier que le Pape Pie XI nous la donna le 2 mars 1922 comme la sainte patronne de la France, et sans oublier surtout que le 10 février 1638, le roi Louis XIII consacra notre cher pays à Notre-Dame, ayant obtenu, par une neuvaine à ND de Grâces de Cotignac, la grâce d’une descendance pour l’avenir du Royaume, après 23 ans de mariage avec Anne d’Autriche. Le frère Vincent, recteur, donnera justement une conférence cet après-midi sur le vœu de Louis XIII.
Aujourd’hui, si nous rendons grâce pour la préservation de ce sanctuaire comme du monastère Saint-Joseph du Bessillon où le feu s’est arrêté juste derrière le mur d’enceinte, nous voulons d’abord entourer toutes les personnes sinistrées, celles qui ont tout perdu, celles qui ne peuvent rentrer chez elles, celles dont toute les souvenirs et le labeur d’une vie ont été consumés. Les blessures sont là, le désastre est visible, l’odeur tenace. Chers amis, chers voisins, nous prions pour vous. Lorsque je suis venu le 2è jour de l’incendie – et nous n’imaginions pas que cela allait durer 3 semaines, et que dès le lendemain le feu allait devenir fou, tournoyant dans tous les sens – j’ai entendu monsieur le maire dire avec émotion et admiration ce qu’il voyait dans le village : un élan de solidarité formidable pour héberger les personnes évacuées, pour soutenir les pompiers, pour s’entraider. Le malheur a révélé de grandes forces que la pudeur habituelle et la routine quotidienne ne permettent pas de manifester avec simplicité. Au milieu du feu de l’indifférence, il existe de grands réservoirs d’amitié et de générosité. Il faut que cette entraide se poursuivre. Nous chrétiens, fidèles du Christ, nous devons nous y engager si ce n’est déjà fait. Au nom de l’Évangile, offrons nos services, ouvrons nos portes, nos mains, nos cœurs pour témoigner. Que l’Évangile ne reste pas un texte, une doctrine, un idéal, mais qu’il soit une action, un secours, un don de soi.
Si nous rendons grâce au Seigneur, et aussi à Notre-Dame et à Saint Joseph, pour la préservation de ces lieux saints, tout en saluant l'engagement de monsieur le préfet et le vôtre, monsieur le maire, nous voulons remercier du fond du cœur les sapeurs-pompiers. Ils ont été plus de 6000, je crois, à se succéder pendant 3 semaines, pour combattre. Oui, c’est un vrai combat mené par les « soldats du feu » contre l’ennemi. Ces valeureux soldats ont vaincu les flammes ravageuses qui grignotaient, rongeaient, détruisaient la nature si belle de notre région et dévoraient malheureusement des habitations. D’aucuns m’ont dit : « c’est un miracle ». Oui quand on constate que le feu s’est arrêté à quelques mètres, on se dit : « c’est vraiment extraordinaire, c’est providentiel ». Mais si je crois bien sûr à l’action protectrice de la providence divine, je crois pouvoir dire aussi que les pompiers ont largement contribué au miracle ! Leur courage à tous, leur détermination, leur ardeur malgré la chaleur insupportable et l’épuisement font notre admiration et nous leur rendons hommage très sincèrement. Ils ont mis leur vie en danger, ils ont pris de gros risques pour le bien de tous. Ils ont fait de leur mieux. Vous tous les pompiers de France et d’Europe, merci, vraiment merci ! Nous prions pour vous.
Depuis avant-hier, l’accès au sanctuaire est permis aux pèlerins. Nous avons la joie de célébrer la messe de l’Assomption en l’honneur de la très sainte Vierge Marie, notre Mère, notre sainte patronne. Nous le faisons juste à quelques mètres des arbres et des maisons calcinées, de ce paysage de désolation qui appelle à une grande espérance. Combien de fois ai-je entendu et me suis-je dis ces dernières semaines : « la France brûle ». Nous regardons ce matin ce « grand signe » dans le ciel : cette « femme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles », et devant elle, prêt à « dévorer son enfant dès sa naissance », « un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et sur chacune des sept têtes un diadème ». En fait, il n’y a pas que les forêts et les maisons qui brûlent. Le réchauffement n’est pas que climatique. Cette page du livre de l’Apocalypse nous parle du drame qui se vit aujourd’hui. Notre société est en feu, un feu qui brûle ou qui couve sous la cendre : la violence aveugle des narco-trafiquants, la menace permanente du terrorisme, la perte de confiance dans les autorités politiques, les violences idéologiques (je pense au combat contre nos écoles catholiques et notre liberté d’enseignement), le désordre social, la crise économique et l’endettement qui ne cesse de se creuser, la faiblesse de nos systèmes hospitaliers et éducatifs, et j’en passe. Et en plus de tout cela, et au lieu de résoudre ces problèmes du quotidien en urgence, on vient tel un pyromane, légaliser dans la précipitation la possibilité de donner la mort à autrui parce qu’il serait en fin de vie, qu’il coûterait trop cher en soins palliatifs. La France brûle d’incohérence. Nous chrétiens, avec tant et tant de professionnels de santé, nous avons sonné l’alerte du feu, nous avons dit : « attention, danger ». Ce feu est terrible, bien plus encore que les feux de forêts. C’est la dignité de la personne humaine qui est mise en danger, et il n’y aura alors plus de pompiers. C’est l’équilibre de notre société qui est menacé et il n’y aura alors plus de canadairs. La fraternité comprendrait désormais le droit de supprimer son frère en humanité ? La liberté serait tous azimuts sauf à refuser de tuer un grand malade ? L’égalité serait la règle en tout sauf pour la fin de vie ? Même avec 3 réserves intéressantes, le Conseil constitutionnel hier a remis de l’huile sur le feu, validant cette loi qui lève l’interdit de tuer.
C’est cette France en feu que vient visiter le Saint-Père, le pape Léon XIV. Dans 45 jours, il sera là. La mobilisation sans précédent pour les inscriptions au stade de France et pour la messe sur les Champs-Élysées démontre, si besoin en était, que les catholiques de France l’attendent avec ferveur et impatience, et que la population française est déjà très touchée, comme le furent les espagnols par millions en juin, par la venue de cet homme de Dieu qui inspire la confiance et la paix.
Il visitera cette France en feu et rappellera les repères fondamentaux de l’éducation humaine, le caractère inviolable de toute vie humaine, l’urgence de la Mission. Il dira l’incohérence des démocraties occidentales qui, tout en abolissant la peine de mort – c’est bien - légalisent l’euthanasie. Il appellera les français à se lever dans une grande mobilisation pour la vie. « Pour que le monde ait la vie » est le thème qu’il a retenu pour son voyage apostolique.
Il visitera aussi cette France en feu de l’amour de Dieu. Nous assistons à un vrai renouveau spirituel : il suffit d’observer le nombre croissant de demandes de baptêmes d’adultes, le nombre d’inscriptions dans toutes les propédeutiques de France, au point que j’ai décidé de rouvrir celle du diocèse puisque nous avons 4 candidats issus de nos paroisses varoises, ce qui n’était pas arrivé à Toulon depuis des années. C’est le feu de l’Esprit-Saint qui embrase les cœurs et les âmes, c’est le feu de la charité qui dévore les cœurs pour répandre la bonne odeur de Dieu. C’est le feu de la foi qui consolide les cœurs et les intelligences pour suivre Celui qui est « le chemin, la vérité et la vie ». C’est le feu de l’espérance qui permet de regarder haut et loin et de tendre vers la rencontre du Seigneur au-delà des flammes infernales qui blessent et brûlent. C’est le feu qui éclaire et réchauffe, c’est le feu qui illumine dans l’obscurité. Voilà cette France en feu que le pape vient visiter, soutenir, encourager, réveiller aussi. Par ses paroles, il distribuera l’eau vive qui jaillit, qui lave, qui renouvelle. Il nous guidera sur les chemins de la paix : la paix dans l’Église, la paix dans les familles, la paix dans le monde. Il nous démontrera que l’Évangile n’est pas une petite histoire mais une lumière indéfectible qui guide notre action et nos paroles.
Aux pieds de la bienheureuse Vierge Marie, Notre-Dame de Grâces, nous lui confions la France et le Pape, l’Église de France en communion avec le Pape (jamais sans le pape !!), l’Église de Fréjus-Toulon en communion avec l’Église de Rome.
Nous lui confions les habitants de Cotignac, spécialement les sinistrés. Nous lui confions les pompiers. Nous nous confions à elle, avec tous nos compatriotes, reprenant les mots de Louis XIII, comme c’est la tradition depuis 1638 :
« déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, que, soit qu'il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. »
Et que résonne ici et partout le Magnificat : le Seigneur fit pour nous des merveilles, Saint est son nom !
Amen.
Mgr Touvet
Évêque de Frèjus-Toulon
Diocèse de Fréjus-Toulon
Sanctuaire Notre-Dame de Grâces
Sdis83 officiel - Sapeurs-Pompiers du Var




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