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EPHATA ! MEDITATION

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  « La guérison d'un sourd-muet » Gustave Doré (1832-1863)

 

Dimanche passé, Jésus disait : « rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui peut rendre l’homme impur. » Puis Jésus avait quitté le territoire juif pour aller du côté de Tyr. Là il guérit la fille d’une syrophénicienne. Il revint vers la Galilée, à travers le territoire païen de la Décapole.

 

On lui amène un sourd-muet, en fait un sourd qui parle difficilement. Handicap physique en premier lieu, image de nos difficultés à entendre et à parler. Nous savons bien que nous n’entendons pas toujours ce qui nous est dit : qui n’a jamais dit et aussi entendu « mais je te l’avais dit ! » ? Et dans certaines circonstances, devant certaines personnes, en certains lieux, nous avons du mal à parler, restant cois, muets.

 

J’ai déjà eu des confidences de couples connaissant une mauvaise passe, incapables pendant un moment de s’entendre et se parler. Tout n’était que cris et surdité. Ils avaient un passage à vivre dans la pauvreté de chacun à accueillir la différence de l’autre, à l’entendre et lui donner droit d’être, sans avoir peur de se perdre soi-même, et en même temps la difficulté à se dire et se donner droit d’être, d’avoir de désirs, de vivre. Nous pouvons appliquer ceci aux relations entre parents et adolescents : accueil de l’autre, de sa différence, et lui donner droit d’être, et d’être en chemin ; et en même temps se donner aussi droit pour soi-même d’être, de se dire et d’être en chemin.

 

Cette surdité et ce mutisme sont aussi l’image de nos difficultés à entendre Dieu et lui parler de manière déliée. Combien de paroles de l’Evangile nous rebute et nous rende sourds à la Parole de Dieu. Bloqués par une phrase, un mot, un contre-sens à partir de nos propres pensées sur l’Evangile, nous ne laissons plus rien entrer, incapables que nous sommes de mettre ces phrases et ces mots en perspective avec d’autres passages. Ceux qui font l’expérience de la prière de la Parole de Dieu entrent petit à petit dans cette capacité d’écoute de la Parole de Dieu, comme me le témoignait quelqu’un : ‘à la dernière veillée pascale, pour la première fois, j’ai été ouverte à la Parole de Dieu si longuement développée’.

 

Ou bien des événements nous révoltent et nous rendent sourds à Dieu : je suis toujours étonné combien les maladies et a fortiori les décès scandalisent nombre de personnes à propos de Dieu et les rendent sourds à tout message de l’Evangile. Combien de fois entendons-nous : si Dieu existait, il n’aurait pas permis cela pour notre proche qui ne le méritait pas …

 

Cette surdité entraîne un mutisme, une incapacité de se tourner vers Dieu, ou bien des murmures, une incapacité lui dire clairement ce qui nous habite. En fait, lui aussi a droit d’être autre, différent, autrement que je ne me l’imagine ; et moi, face à lui, j’ai droit aussi d’être, d’être moi, de lui parler en vérité à partir de mon cœur, du fond de mon être. Mais combien cela nous est difficile tant nous nous cachons à nous-mêmes, aux autres et à Dieu ! Nous n’arrivons pas à nous approcher de lui en toute simplicité! Nous avons beau essayer, nous retombons chaque fois ! Alors nous abandonnons !

 

Il nous suffit pourtant de venir au Christ, ou d’être amené au Christ par quelqu’un. On demande à Jésus d’imposer les mains, comme il le fait habituellement pour les malades, mais Jésus choisit un autre geste : il « jette » (cf le texte grec) ses doigts dans les oreilles, crache et met de sa salive sur la langue, tout en gémissant et soupirant. Rappelez-vous comment Dieu a façonné l’homme de ses mains avec la glaise du sol, rappelez-vous qu’il a insufflé dans ses narines une haleine de vie. Nous ne pouvons que penser à ces gestes créateurs en voyant faire Jésus, avec une dimensions supplémentaire : Jésus gémit, comme Dieu gémit de voir son peuple en esclavage, comme la création gémit dans l’attente de sa délivrance. Tant que nous ne sommes pas délivrés, libérés, Dieu gémit, Jésus gémit, la création gémit, nous gémissons de nous voir nous-mêmes prisonniers, ou de voir les autres prisonniers. Je rencontrai des grands-parents gémissant de voir leur petite fille déprimée, sans dynamisme, deux ans après le décès de son père.

 

Ce geste « ephata ! » est repris dans la liturgie du baptême. Il est facultatif pour les bébés, les enfants et les adolescents ; il fait partie du rituel des adultes, sur qui ce geste est fait par l’évêque le jour de l’appel décisif, 40 jours avant le baptême et l’Eucharistie. Depuis quelques années, je le fais toujours pour les bébés : « ephata ! c’est-à-dire ouvre-toi ! Le Seigneur Jésus a fait entendre les sourds et parler les muets, qu’il te donne d’écouter sa parole et de proclamer la foi pour la louange et la gloire de Dieu le Père ! »

Je vous propose, après quelques instants de recueillement de recevoir ce geste à nouveau ou pour la première fois.

 

Père Benoît Delabre

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