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ET LA, JESUS NE POUVAIT ACCOMPLIR AUCUN MIRACLE.

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 Jésus à Nazareth Georges La Tour Musée du Louvre

 

 

Et là, Jésus ne pouvait accomplir aucun miracle.

 

Jésus, en sa personne le Dieu tout-puissant, qui ne pouvait accomplir aucun miracle. Le Dieu tout-puissant est faible : il n’est pas un super héros : ni superman, ni Spiderman, ni Rambo ou que sais-je encore : tous vainqueur par une puissance surhumaine ou par la force.

 

Jésus, c’est simplement Dieu fait homme. Et c’est cela qui choque les habitants de Nazareth, son humanité. Si c’était le Messie, il viendrait de Dieu et on ne saurait pas d’où il vient. Or, lui, Jésus, on sait d’où il vient ; on connaît sa famille. C’est son humanité qui est choquante. Et cette faiblesse de Jésus ira jusqu’à la croix : « Si tu es le Fils de Dieu, descend de la croix et sauve-toi et nous avec ». Jésus ne répondra pas.

 

Aujourd’hui, nous remercions Soeur Françoise pour son service de sept années sur la pastorale de la santé et la liturgie.

 

La rencontre des malades, sans soins, sans matériel médical, nu devant une personne est un service qui met en position de faiblesse, de vulnérabilité, à condition d’accepter de cette vulnérabilité en n’ayant aucun but déterminé comme : arriver à faire prier, à apporter l’Eucharistie, à donner l’onction de malades… ; et donc de ne pas vivre comme un échec de ne pas prier avec le malade, de ne pas porter l’Eucharistie, de ne donner l’onction. Il est donc heureux, si je puis dire, même si ce n’est pas facile à vivre, de se faire jeter par un malade, qui ne veut pas de visite de l’aumônerie. C’est la rançon de cette vulnérabilité acceptée.

 

Benoît XVI écrit ceci dans son encyclique Dieu est Amour :

 

« Celui qui pratique la charité ne cherchera jamais à imposer aux autres la foi de l'Eglise. Il sait que l'amour, dans sa pureté et sa gratuité, est le meilleur témoignage du Dieu auquel nous croyons et qui nous pousse à aimer. Le chrétien sait quand le temps est venu de parler de Dieu et quand il est juste de Le taire et de ne laisser parler que l'amour. Il sait que Dieu est amour (1 Jn, 4, 8) et qu'il se rend présent précisément dans les moments où rien d'autre n'est fait sinon qu'aimer. »

 

Paul fuit ce lieu de vulnérabilité. Il demande par trois fois au Seigneur d’être délivré de son écharde dans la chair. Le Seigneur n’exaucera pas sa prière, mais y répondra de manière inattendue : « Ma grâce te suffit, ma puissance se déploie dans la faiblesse. » C’est une conversion pour Paul.

 

A la suite de Paul, nous évitons nous-mêmes cette vulnérabilité : nous la fuyons, je la fuis. Etre faible, être pris en défaut par une erreur, ne pas être aimé, apprécié, ne pas faire ce qu’il faut ; tout cela peut être insupportable pour nous-mêmes, à nos propres yeux. Le vocabulaire employé au moment des décès : être fort, ne pas pleurer…, au moment des maladies graves : se battre, ne pas désarmer… est un signe de cette fuite de la vulnérabilité.

 

Jésus nous ouvre une autre voie : ni se battre, ni se laisser aller, mais espérer, avoir le courage de vivre la réalité de l’épreuve et du lien que Dieu a scellé avec nous.

 

Bernadette de Lourdes en est un exemple : « c’est parce que je suis faible, que j’ose m’approcher du Dieu fort ». C’est parce que j’ai peur de l’avenir, c’est parce que je perds pied, c’est parce que je suis pécheur, c’est parce que je suis mal, c’est parce que j’en ai assez, que je m’approche du Dieu fort, de ce Jésus, qui dans son humanité est passé par là, a traversé ces moments d’angoisse, de peur, de question car il était sûr de son Père.

 

Jean Vanier parle de la force de la vulnérabilité : « C’est quand on est petit, quand on  besoin de l’autre et quand on ose l’exprimer, qu’on découvre le ciment de l’amour. Car la communauté n’est bâtie que sur la faiblesse de chacun qui trouve sa force dans les autres. Le ciment du corps qu’est la communauté, c’est la faiblesse et la petitesse, la vulnérabilité, de moi et d’un frère, d’une sœur et de nous tous. »

 

Soeur Françoise nous quitte et ne sera pas remplacée ; Pierre Dallemagne nous quitte et ne sera pas remplacé. L’Eglise en France aujourd’hui est en position de faiblesse. Cette faiblesse là, nous cherchons à la fuir, car elle est insupportable. Elle est pourtant l’occasion de l’espérance, qui est peut-être le témoignage le plus important aujourd’hui de la part de l’Eglise.

 

Voici ce que dit encore Jean Vanier : « Je crois que le drame de notre monde, c’est qu’on ne voit pas d’espérance. Or la communauté est non seulement le lieu de la guérison de l’être humain, mais également le lieu de l’espérance, parce qu’ensemble, sans chercher à vouloir prouver quelque chose, nous pouvons vivre cette fécondité. »

 

Benoît DELABRE

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