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MEDITATION : ELLE EST RAYONNANTE DE LA LUMIERE DU CHRIST

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« La Transfiguration » Raphaël (1483-1520)
Musées du Vatican

 

J’étais en pèlerinage cette semaine passée à Turin, avec notre évêque et une vingtaine de prêtres du diocèse. Nous y avons rencontré les saints de Turin du XIXe et du début du XXe siècle : St Jean Bosco, le plus connu, et St Joseph-Benoît Cottolengo, St Joseph Cafasso, le Bienheureux Pier Giorgio Cafasso…

 

A l’hospice du Cottolengo, nous avons rencontré une personne devenue sourde muette aveugle à l’âge de sept mois. Elle a été accueillie au Cottolengo à l’âge de sept ans. Elle a maintenant une soixantaine d’année. Je vous en dirai plus à la fin de l’homélie.

  

Tout comme pour cette sourde muette aveugle, dans notre vie, quel bonheur, quel bien nous a été enlevé ? Quelle croix est venue au devant de nous à l’improviste, par surprise ? Comment y avons-nous réagi ?

  

  • Nous avons pu lutter contre cette croix : cela passera, cela s’estompera, cela s’oubliera… Peut-être avons-nous fais des efforts en ce sens, peut-être les autres nous reprochent de ne pas oublier… Mais rien à y faire, cela ne s’estompe pas, ne s’oublie pas, ne passe pas. 

 

  • Nous nous sommes peut-être mis en colère contre ceux qui nous ont enlevé ce bonheur, contre nous-mêmes lorsque nous nous reprochons de n’avoir pas fait ce qu’il fallait, contre Dieu, lorsque nous ne trouvons pas d’autre coupable. Peut-être les autres se sont mis en colère aussi avec nous…

 

  • Nous avons peut-être été inerte, sans énergie, sans aucun désir, sans goût pour la vie. D’autres nous l’ont peut-être reproché : « allez, prends un peu sur toi ! » « Réveille-toi ! » Car il ne fait pas bon être sans énergie aujourd’hui, dans notre monde !

 

  • Nous avons pu aussi nous installer dans ce malheur, et peut-être les autres nous ont aussi installé dans ce malheur. « Le pauvre, la pauvre, les pauvres, avec ce qui lui/leur est arrivé ! »

 

  • Etc

 

Je vous invite à écouter ce que dit la Vierge Marie à Bernadette à Lourdes.

 

Les deux premières apparitions se sont déroulées en silence. A la troisième, Bernadette s’adresse à la Vision et lui demande d’écrire son nom. La Vision répond : « ce que j’ai à vous dire, ce n’est pas nécessaire de le mettre par écrit. » puis : « voulez-vous avoir la gentillesse de venir ici quinze jours ? » et enfin : « Je ne vous promets pas le bonheur de ce monde mais de l’autre. »

 

De fait la famille de Bernadette restera pauvre, et il sera important pour Bernadette que sa famille ne gagne pas d’argent sur les apparitions. Il y eut des miracles à Lourdes, la santé de Bernadette est fragile et le restera. Bernadette n’était douée ni pour les études, ni pour le catéchisme, et pour rien. Dans son couvent à Nevers, il est dit d’elle : « elle n’est bonne à rien. » Mais pour Bernadette les apparitions de la Vierge seront son point d’appui : « Que mon âme était heureuse, ô bonne mère… quand j’avais le bonheur de vous contempler » dit-elle 8 ans après. La considération de la Vierge Marie pour Bernadette, son amitié seront ses ancrages, et la source de sa marche en avant. Le 25 octobre 1966, Bernadette est mourante. L’évêque appelé en pleine nuit reçoit ses voeux de religieuse et lui donne l’onction des malades. Elle se remet. Une chose la réjouit : elle a reçu le voile et le crucifix, qui sont les signes de son appartenance au Christ, et cela la remplit de joie.

 

Il en sera de même pour bon nombre qui ont assisté aux apparitions. A ce moment, il fait bon prier à Massabielle. On y vient de plus en plus tôt. On est heureux dans le froid de l’hiver, d’être là au bord du Gave à veiller et à prier. Le ciel communique avec Bernadette. L’amitié du ciel envers elle rejailli sur tous. Nous comptons à ses yeux.

 

Saint Paul nous le dit dans la lettre aux Philippiens d’aujourd’hui : « nous sommes citoyens des Cieux. » Quelle belle citoyenneté ! Et il dit juste avant, en pleurant : « beaucoup de gens vivent en ennemis de la croix du Christ. »

 

Une phrase de Benoît XVI, qui m’a marqué récemment dit la même chose autrement :  : « La ‘conversion’ de Pierre se réalise pleinement lorsqu’il renonce à vouloir ‘sauver’ Jésus et qu’il accepte d’être sauvé par lui. Il renonce à vouloir sauver Jésus de la croix et accepte d’être sauvé par sa croix. » (la joie de croire, Médiaspaul p. 48).

 

L’Evangile d’aujourd’hui nous montre Pierre voulant dresser trois tentes, une pour Jésus, une pour Moïse, une pour Elie. Pierre est bien sur la montagne. La fin est arrivée, il est aux premières loges, privilégié. Il veut rester là. Nous sommes comme Pierre : nous voulons tenir notre bonheur, nos biens. Aujourd’hui plus encore qu’au temps de Bernadette, nous ne supportons plus un manque à ce bonheur, que la civilisation occidentale nous fait espérer pour ici-bas. Le bonheur est un droit. Avouons-le nous : le bonheur vécu à plein devient quelque chose que l’on cherche à garder, ou à reproduire. Et par tous les moyens possibles, nous cherchons à éviter le malheur. Mais tôt ou tard, la croix se présente à nous sans que nous l’ayons cherchée.

 

Je dis toujours aux couples qui se marient que le mariage n’est pas le paradis sur terre, mais qu’il en donne des avant-goûts. Sur le chemin de la croix, Pierre, Jacques et Jean connaissent aujourd’hui l’avant-goût du ciel, le terme de la route, ils voient la gloire de Jésus. Cela ne suffira pas pour eux, car il leur faudra se convertir, comme dit Benoît XVI, accepter d’être sauvé par la croix du Christ. Pierre le sera par la rencontre avec Jésus qui lui demandera par trois fois, en rappel de son triple reniement : « Pierre, m’aimes-tu ? » Après la pentecôte, Pierre imitera son Seigneur et ira jusqu’au bout, car il a reçu l’amitié de Jésus, et cette parole « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

 

C’est l’avant-goût du ciel reçu qui oriente notre vie, qui lui donne le dynamisme, qui est la source de notre espérance. Sur le chemin de Pâques qui passera par la croix, nous passons d’abord par la montagne où Jésus est transfiguré. Ce chemin d’espérance nous ouvre aussi aux autres, car si le malheur peut nous enfermer sur nous-mêmes, le bonheur est aussi souvent égoïste, et ne voit pas le malheur des autres.

 

Je reviens sur notre sourde-muette-aveugle. Elle a appris le langage des signes au Cottolengo, je ne sais comment. Elle peut donc nous parler, avec une religieuse qui traduit en italien, puis quelqu’un qui traduit en français. Mais comment nous comprend-elle ? Par la religieuse italienne qui lui traduit en langage des signes. Mais comment comprend-elle puisqu’elle est aveugle ? En touchant la main droite de la religieuse, elle en suit tous les mouvements, et comprend ce que nous disons. La connivence entre cette sourde muette aveugle est si grande, que la traduction de l’italien au français n’est pas assez rapide pour la discussion. En terminant, cette sourde muette aveugle nous dévoile qu’elle a demandé la paix du cœur à Notre-Dame-de-Lourdes, et qu’elle l’a obtenue. Il est vrai qu’elle est rayonnante de la lumière du Christ.

 

Cet avant-goût du ciel, du terme nous est donné chaque jour.

 

Il nous est donné dans l’Eucharistie aujourd’hui.

 

 

Benoît Delabre 

 

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