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MEDITATION : "NE VAS PAS PRENDRE LA PREMIERE PLACE"

  • PAROISSE DE MARTIGUES
  • HOMELIES

Edouard 3

 

 

La date de mon retour dans mon pays arrive à grands pas. Cette messe marque ma dernière prière en assemblée dominicale avec vous. Mardi, je vais prendre quelques jours de repos, d’abord à Figeac, Quézac ensuite et enfin à Lourdes comme pèlerin solitaire.

 

C’est aux pieds de Notre-Dame de Lourdes que je souhaite clôturer mon séjour en France. A Lourdes, je confierai à Marie chacune et chacun d’entre vous, lui demandant de porter toutes vos intentions auprès de son fils Jésus. Elle, la pleine de grâces, qu’elle remplisse de ses grâces toutes celles et tous ceux qui, jour et nuit, élèvent leurs prières vers son Fils bien aimé.  

 

A devoir commenter cette page d’Evangile que nous venons tous d’écouter avec attention, cela me met un peu mal à l’aise. Moi, qui, tout ce mois d’août, ai été invité à prendre le repas dans vos maisons. Moi qui ai souvent  occupé la première place à ces repas. Où était Jésus pour me rappeler à l’ordre : « Si tu es invité à des noces, ne va pas prendre la première place… ».  

 

Merci à vous tous pour ces moments de partage, d’échange, de convivialité, de fraternité, que ces temps de repas nous ont offert.  

 

Jésus, notre maître, continue d’instruire les hommes pour leur ouvrir le chemin du Royaume du Ciel. C’est sa mission. Et toute situation est pour lui l’occasion de faire passer ce message de la Bonne Nouvelle qui fera inscrire notre nom dans les cieux.  

 

Aujourd’hui, nous le voyons dans la famille d’un chef pharisien. Il est chez un de ceux-là qui, tout au long de la mission de Jésus, n’ont cessé de l’accuser de n’être pas du camp de Dieu :  

 

. Parce que ne respectant pas le repos du sabbat à leurs yeux ;  

 

. Parce que se déclarant l’égal du Père ;

 

Ceux-là lui ont souvent tendu des pièges afin de l’accuser d’être un « hors la loi » et pouvoir le condamner à mort.    

 

Jésus, non plus, n’a pas souvent été tendre à l’endroit des pharisiens pour leur manque d’humilité, leur hypocrisie, leur ritualisme excessif et leur légalisme pur et dur.  

 

 Et, ces derniers temps, nous avons entendu des passages d’Evangile où Jésus déclarait :  

 

«  Malheureux êtes-vous scribes et pharisiens hypocrites… ;  

 

Malheureux, vous qui purifiez l’extérieur de la coupe et de l’assiette, mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance ;

 

Malheureux, vous qui ressemblez à des tombeaux bouchés.  

 

Ces paroles, Jésus les a prononcées contre les pharisiens avant de nous inviter à  veiller et à prier pour être prêts quand le Fils de l’Homme viendra.  

 

Malgré ses diatribes contre les pharisiens, Jésus mange chez l’un d’eux. Il nous indique ainsi un chemin à suivre, celui sur lequel on démasque le mal, on cherche à ouvrir les yeux des hommes que le choc de la Vérité peut libérer, mais sans jamais les condamner.  

 

C’est donc en homme libre, capable de fréquenter tout le monde : les publicains et les pécheurs, aussi bien que les pharisiens que nous le voyons dans la maison d’un chef pharisien pour y prendre son repas. Il observe les invités et voit que les gens se faufilent habilement pour être bien placés.  

   

Dans toutes les sociétés, on constate cette course aux premières places. Et, attention, pas seulement à table !

 

Jésus, lui, veut nous inciter à l’humilité, à la modestie. Car, pour être admis au Royaume de Dieu pour lequel il est venu, la condition fondamentale, c’est de le recevoir, de l’accueillir, de se faire tout petit. C’est lui, le Maître du vrai festin, qui prend l’initiative, et qui dit : « Viens, avance plus haut. » Et, paradoxalement, celui qui s’estime le « dernier » est plus prêt que l’orgueilleux, à accueillir par grâce ce don qu’il pense ne pas mériter.  

 

S’abaisser ! Le monde moderne qui est le nôtre, n’admet pas cette attitude, qu’il traduit par des termes péjoratifs : s’écraser, démissionner, céder, capituler. On exalte, par contre, la promotion, le développement, l’épanouissement.  

 

Pourtant, si l’abaissement n’était pas une grande chose, Jésus ne l’aurait pas recommandé. D’ailleurs, il l’a d’abord vécu. « Il a tellement pris la dernière place que jamais personne ne pourra la lui ravir. » « Lui, qui était de condition divine, n’a pas revendiqué le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est anéanti lui-même, prenant la condition d’esclave, se faisant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la Croix. » (Ph 2, 6-8)  

 

Nous sommes invités à gagner le Royaume de Dieu en imitant Jésus qui est discret, caché, humble, qui s’est fait le serviteur de tous ! Il n’y a aucune démission dans cette attitude divine. C’est sa grandeur. « Mon fils, plus tu es grand, plus il faut t’abaisser, et tu trouveras grâce devant le Seigneur. », dit Ben Sirac le Sage.    

 

Se tournant alors vers celui qui l’avait invité, Jésus dit : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, invite des pauvres et tu seras heureux, parce qu’ils n’ont rien à te rendre. »  

 

Voilà encore un de ces paradoxes évangéliques qui vont à contre-courant du monde. Des propos révolutionnaires. Pour Jésus, ces exclus du temple, ces exclus des assemblées de Dieu, sont justement ceux qui sont l’objet des faveurs divines et qui sont invités à Sa Table.  

 

Alors, malade, souffrant, pauvre, humilié… tu es aimé ! Pécheur, honteux, piteux, blessé, dernier, tu es aussi aimé !    

 

Il est plus grand que notre cœur le cœur de notre Dieu.  

 

Elle est plus forte que notre force, la faiblesse du Christ.  

 

Le Royaume de Dieu est ouvert à tous ! Pas de privilège de classe ou d’ancienneté qui sentirait l’orgueil ou la suffisance : Dieu appelle qui il veut. Il entre dans le cœur de qui il veut, pourvu qu’il lui ouvre la porte quand il frappe.  

Qu’il nous fasse la grâce d’être de ses heureux élus à la fin des temps. Amen

 

 

 

Abbé Edouard Diatta

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