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MEDITATION SUR L'ANNONCIATION

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Homélie 4ème dimanche de l'Avent

 

 

Quelles différences entre le temps de l'Avent et la file d'attente à la caisse d’un supermarché ? La première différence, c'est que lorsque l'on a payé à la caisse d’Auchan, on a dans notre caddie ce que nous avons acheté, rien d'autre : il n'y a pas de surprise… et ce que nous avons acheté ne va pas changer : un pull, une bouteille de Coca, un CD vont rester un pull, une bouteille de Coca, un CD.

 

Dans le temps de l'Avent, nous nous préparons d’une part à la fête de Noël et d’autre part à la venue du Christ à la fin des temps. Mais cette venue du Christ à la fin des temps nous ne savons pas à quoi elle va ressembler… de la même manière que lorsqu'un enfant nait, on ne sait pas quelle sera sa vie. On sait s'il sera blanc, noir, jaune ou rouge, on peut à la limite deviner s’il sera grand, petit, brun, costaud, mais on peut pas dire que sa vie est toute tracée, que sa vie est tout écrite (en tout cas un chrétien ne peut pas le dire). Et c’est intéressant de noter que, lorsque nous sommes dans l’attente d’une naissance, on n'attend pas seulement le bébé, on attend aussi l’enfant, l’adolescent, l’adulte qu’il va être et qui va vivre sa propre vie. De la même manière, la vie du Messie, la vie de Jésus-Christ n'est pas écrite à l'avance.

 

C’est vrai que l'ange dit à Marie « il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut, le Seigneur lui donnera le trône de David son père, il régnera pour toujours… » Mais l’ange ne dit pas pour autant à Marie toutes les conditions dans lesquelles cela va se faire.

 

Ce que Dieu nous donne dans chacune de nos vies, ce n'est pas un sentier tout balisé à l'avance sur lequel nous n'aurions qu'à poser des pas, mais c'est un sentier que nous traçons au fur et à mesure de notre vie, parfois en ligne droite, le plus souvent avec des détours à droite et à gauche. Le Christ lui-même, tout Fils de Dieu qu’il est, a tracé sa propre vie de Messie. Il a reçu cette mission de son Père, mais une fois cette mission donnée, comme le dit le slogan « à lui d’inventer la vie qui va avec ! »

 

Notre vie, avec toutes ses possibilités, nous la recevons, de nos parents, de Dieu. C'est là la seconde différence avec la file d'attente au supermarché : nous repartons chez nous avec nos marchandises en échange du paiement à la caisse. Nous repartons avec notre dû. Notre vie, notre présence sur terre ne nous est pas dû. La Vierge Marie n'a rien fait pour mériter la venue de l'ange Gabriel, y compris le fait qu'elle n'ait jamais péché : la venue du Christ en elle est un pur don.

 

Cela n'est donc pas comme dans la chanson : «Tous les beaux joujoux que je vois en rêve et que je t'ai commandés ». Marie ne commande pas à Dieu, personne ne commande à Dieu, pas même le Christ qui disait  « Non pas ma volonté, mais ta volonté ». Vis-à-vis de Dieu, nous ne pouvons pas nous placer comme face à un distributeur de billets, nous avons à nous placer dans une relation d'amour, de foi, d'espérance. Si Marie a pu accueillir en son sein le Verbe de Dieu, c'est parce qu'elle cru, c'est parce qu'elle espérait, parce qu'elle a su aimer comme Dieu nous demande d'aimer. Elle n’a pas mis la main sur la vie de Dieu, elle a ouvert ses mains pour accueillir le don de Dieu.

 

Ce récit de l'Annonciation nous rappelle, comme le dit Jean-Luc Marion, un philosophe, « la différence des chrétiens dans le monde, vient de ce qu'ils croient en la logique du don, et non pas en la logique de l'échange ».

 

Le chrétien est celui qui, à la manière de Marie, ouvre son cœur pour accueillir la vie qui vient d'un autre, sans que rien ne lui soit demandé en échange. Le don de Dieu est grâce, il est gratuit : si Dieu nous a aimés, si Dieu a voulu rejoindre les hommes pour les sauver, ce n'est pas à cause de leur mérite, mais c'est par amour pour eux. C'est ce que saint Paul écrit dans sa lettre aux Romains : « Le Christ est mort pour nous ; à peine voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien oui, peut-être osera-t-on mourir ; mais la preuve que Dieu nous aime c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous. »

 

Par amitié pour les hommes, le Seigneur vient habiter notre monde, il vient vivre dans notre chair, dans nos fragilités, dans nos morts, afin d’y mettre sa vie, d’y mettre la vie de Dieu. C'est ce que nous disions dans la prière d'entrée de la messe : « par le message de l'ange, tu nous as fait connaître l'Incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa Passion et par sa Croix jusqu'à la gloire de la résurrection ».

 

Par le message de l’Ange s'ouvre un magnifique éventail de possibilités de vie pour les hommes, car « rien n'est impossible à Dieu ». Alors en ces derniers jours de l’Avent, goûtons à cette possibilité de Dieu, demandons à Dieu d'augmenter en nous la foi pour que nous sachions accueillir Celui qui fait toutes choses nouvelles dans nos vies.

 

Voici que la Vierge va concevoir et enfanter un fils, on lui donnera le nom d’ "Emmanuel", Dieu avec nous, Dieu donné pour nous.

 

 

Thomas Poussier

 

 

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