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MEDITATION SUR LA CROIX DU SEIGNEUR : QUELLE AUDACE AVONS-NOUS !

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La Madeleine8

 

Première homélie dominicale de Bastien Romera, diacre

 

Chers frères et sœurs,

 

Quelle audace aujourd'hui avons-nous ! On peut dire qu’on ne manque pas d'air.

 

En effet, nous seulement il s'agit de se laisser sauver par un Dieu qui meurt pour nous, mais en plus, il faut le regarder, et nous avons le droit de lever les yeux vers lui. D'habitude quand on a transpercé quelqu'un, enfin ça n'arrive pas tous les jours, heureusement, je l'espère, (encore que, en parole, on peut faire bien du dégât), on n'a pas trop envie de le regarder...  

 

Et là, le livre de Zacharie nous invite à le faire. A l'église de la Madeleine, il semblerait même que tout soit construit, tourné de manière à ce que nos regards soient naturellement portés vers la contemplation de ce Sauveur en croix, déjà dans la gloire du maître-autel, et puis on est saisi, dès qu'on entre, depuis le fond, par ce Jésus en croix...  

 

Le psaume 62 que nous avons chanté, nous fait dire ainsi : « je t'ai contemplé au sanctuaire, j'ai vu ta force et ta gloire ».

 

On est en quelque sorte mis au pied du mur, devant le mystère le plus central de notre foi, celui qui fait scandale depuis le Vendredi Saint : un Dieu qui meurt, et de la façon la plus horrible qui se puisse concevoir. Quelle folie d'amour!

 

Vous voyez, après tout le temps pascal, et toutes les fêtes que nous avons célébré, Pentecôte, Trinité, Saint Sacrement, etc, on pourrait être tellement confit dans les alléluias qu'on en oublierait que la victoire, le triomphe du Christ ressuscité a eu un prix. on pourrait se tromper de Dieu...  

 

C'est justement ce que fait Saint Pierre, que nous fêterons bientôt... comme d'habitude, avec son enthousiasme vif, il veut bien faire, et il tombe dans le panneau ! Quand Jésus demande « pour vous, qui suis-je ? », il répond «  Le messie de Dieu »... Oui, c'est vrai, mais c'est incomplet, et pour l’instant, il ne peut pas aller plus loin : il attend le messie tel que tout le monde se l'imagine alors : le guerrier victorieux, le messie royal, vous savez celui qui va « tout casser », et vous allez voir ce que vous allez voir !  

 

Et puis on aimerait bien, nous aussi un super-Jésus à cette sauce-là : Ah Seigneur, quelques coups de tonnerre, un bon gros miracle, là, tout de suite, tu apparais en plein Auchan un samedi après-midi de soldes à Martigues, en personne, et clac, tout le monde tombe à genoux et se convertit... Avouons-le frères et sœurs, Combien de fois on l'a imaginé ce genre de scénario ?  

 

Entre autres, cela nous arrangerait bien, parce que ça nous dispenserait d'avoir à nous retrousser les manches pour faire connaître l'Evangile...

 

Parfois même, on souhaiterait un gros malheur, une énorme catastrophe, puisque il paraîtrait que les églises se remplissent en temps de difficulté... ce qui reste encore à prouver.  

 

Non! Ces pensées ne sont pas dans la logique de l'Evangile : ce n'est pas ce visage de Dieu que Jésus nous montre, mais celui d'un Seigneur crucifié, qui donne sa vie pour ceux qu'il  aime. Le trait de l'Alleluia, vous savez cette petite phrase entre les alleluias, avant la lecture de l'évangile, disait ainsi : «  Nous proclamons un Messie crucifié, folie pour les hommes, mais puissance et sagesse de Dieu. ». En fait, c’est un extrait d’une lettre de saint Paul.

 

Or, il y a un enjeu important pour nous, pour notre vie dans ce que nous voyons et entendons de Jésus aujourd'hui. Ce n'est pas évident du tout de penser un Dieu qui souffre, qui est rejeté, qui est tué. Le P. François Varillon[i], dans de très beaux ouvrages, sur l'humilité de Dieu, et même ce qu'il appelle la souffrance de Dieu, a essayé de traiter la question.  

 

Il y a un enjeu, parce que le disciple n'est pas au-dessus du maître, et que le chemin du Christ est bien le nôtre, sans alternative possible, si nous voulons vraiment avoir part au Royaume. Si Jésus a connu la contradiction, l'opposition, et la croix, comment pourrions-nous prétendre nous en dispenser ? Le chemin de l'Evangile n'est pas celui des Bisounours, et il faut accepter que le bonheur que Dieu nous donne ne se paye pas de jolis mots sucrés.  

 

Ainsi, il n'y a pas de Christ sans croix, nous le voyons bien ; mais j'ai envie de dire aussi qu'il n'y a pas de croix sans  Christ.  

 

Pas de croix sans Christ parce que sinon, c'est insurmontable !

 

Que nous renoncions à notre image bien naturelle d'un Dieu comme un Zeus ou un Jupiter, c'est déroutant, mais on s'en remet de temps en temps.

 

Lorsque Jésus nous dit  « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, chaque jour, et qu'il me suive »; là, tout d'un coup, on préfèrerait aller chez son assureur avant de signer trop vite.

 

On veut bien suivre Jésus, mais souffrir, et mourir à soi-même n'est pas trop au programme des publicités pour la lessive ou le dernier téléphone, même s'il fait aussi séchoir à cheveux et moulin à café !  

 

Parfois, cette croix est tellement lourde qu'il nous semble qu'on n'y arrivera plus, qu'on n'en peut plus. Et c'est vrai, sans le Christ,  la croix ne peut pas être portée, elle ne  peut que nous écraser.  

 

Il me vient à l’esprit l’exemple de Chiara Luce Badano, jeune fille italienne, morte dans les années 1990, béatifiée récemment. Apprenant qu’elle est atteinte d’un cancer dont elle va mourir, - elle n’a pas dix-sept ans- , elle a d’abord été submergée par le désespoir. Et, en l’espace d’un petit moment passé sur un canapé en entrant chez elle, avant de paraître souriante et apaisée devant sa mère,  elle a offert au Christ sa maladie, sa jeunesse, ses projets d’avenir, et sa mort. Elle découvre alors que pour gagner le combat, il a fallu qu’elle accepte de perdre sa santé.  Et elle a décidé de vivre plus intensément que jamais le temps qu’il lui resterait ici-bas, si bien que ses amis témoignent aujourd’hui du rayonnement de son amour, de sa joie et de son espérance dans ses derniers moments, où elle s’est montrée plus vivante qu’eux tous alors qu’elle souffrait terriblement.

 

 C'est lui, Jésus qui me donne la force de cette marche, c'est lui qui d'ailleurs me dit qu'il n'y a pas d'autre chemin de vie. Le chemin de la vie est un chemin étroit, chantent les enfants du caté, c'est bien ce que nous pouvons expérimenter, et c’est un chemin qui demande du temps, chacun à son rythme.  

 

 Mais précisément, nous ne sommes pas livrés à nos propres forces, Jésus a triomphé du mal une fois pour toutes. Le combat final est déjà gagné. Nous avons là comme une invitation à nous reposer en Dieu, à prendre conscience que, comme le dit Paul dans la seconde lecture, « nous avons revêtu le Christ, (...) l'héritage que Dieu a promis, c'est à nous qu'il revient. »  

 

Alors frères et sœurs, courage, élevons notre cœur, vraiment : regardez, entre nous et la croix, il y a bien l'eucharistie, vrai pain de l'homme en route, vraie nourriture des enfants de Dieu, festin qui nous rassasie. Regardons, goûtons à la vie du Christ donnée pour nous. Alors, oui, nous pourrons, comme la Vierge Marie, et la foule de saints qui nous entourent, prendre notre croix avec le Christ,  le laisser transfigurer notre vie, pour en faire une vivante offrande à la louange de sa gloire.

 

Amen

 

                                                   Bastien Romera



[i] R.P François VARILLON, s.j, L'humilité de Dieu, Centurion, Paris, 1974 ( réédition Bayard, 2005) et La souffrance de Dieu, Centurion, Paris, 1975

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