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MEDITATION SUR LA FOI

  • PAROISSE DE MARTIGUES
  • HOMELIES

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 "Les derniers moments du grand Père", Joseph Beaume, né à Marseille en 1796

Musée national Magnin, Dijon

 

Jérémie 1, 4-5. 17-19 : je fais de toi un prophète pour les peuples
Psaume 70
1 Corinthiens 12, 31-13,13 : l’hymne à la charité
Luc 4, 21-30 : Jésus à la synagogue de Nazareth, 2e partie.

 

Cette semaine, j’ai célébré les obsèques d’un grand-père, mort d’un cancer. Le petit-fils de cinq ans avait observé que les médicaments ne faisaient plus effet. Il a exprimé à ses parents qu’il ne croyait plus au médecin et à ses médicaments, qu’il fallait donc trouver d’autres médicaments. Et l’enfant, qui croit au Père Noël, y croit tellement qu’il lui écrit pour lui demander des médicaments. Il ne croit pas seulement au Père Noël, il croit en lui, il lui remet toute sa confiance pour trouver des médicaments qui guériront son grand-père. Médicaments qu’il na pas reçu à Noël dernier. L’enfant s’est trompé, le Père Noël n’a pas de médicaments dans son magasin, mais que des jouets pour petits et grands.

 

A partir de cette histoire, je voudrais vous parler de la foi, en cette année de la foi. Cette histoire dit un peu ce qu’est la foi, la confiance donnée en quelqu’un, l’attente, l’espérance, même si l’enfant s’est trompé.

 

La première condition de la foi est l’ouverture du cœur. Ici, dans l’Evangile, la question : « n’est-il pas le fils de Joseph ? » exprime, en cohérence avec les autres Evangiles, que cet homme, dont on connaît si bien les parents, ne peut venir de Dieu. Le cœur des nazaréens est fermé à la nouveauté qu’apporte Jésus. Benoît XVI parle, dans La Porte de la foi de Lydie. Dans la ville de Philippes, Paul annonce l’Evangile à quelques femmes, dont Lydie. Le récit des Actes des apôtres dit que « le Seigneur lui ouvrit le cœur, de sorte qu’elle s’attacha aux paroles de Paul ». La foi n’est pas qu’une question de contenus à croire, n’est pas seulement une question d’intelligence, mais aussi une démarche de tout l’être qui reçoit, qui s’ouvre, qui est saisi en profondeur, qui adhère. Ici à Nazareth, le cœur est fermé, la porte est fermée, car il ne peut venir de Dieu cet homme dont on connaît sa filiation.

 

« Médecin, guéris-toi toi-même. » Par ce dicton, Jésus perce l’attente des nazaréens : « qu’il nous prouve qu’il vient de Dieu ! » Voici une expérience que j’ai vécue dans une classe de philosophie en Enseignement Catholique : le professeur était athée. Venu me présenter aux élèves je demande ensuite quel est le thème du cours de ce jour. « Science et opinion » me dit le professeur, qui aussitôt me demande si la foi est de l’ordre de la science ou de l’opinion. Je lui réponds qu’elle n’est évidemment pas de l’ordre de la science : Dieu ne se démontre pas, mais il se montre, il se manifeste par des signes ; tout comme l’amour entre deux époux ne se démontre pas, mais se montre, se manifeste par des signes visibles. La foi n’est pas non plus de l’ordre de l’opinion, qui peut changer en fonction des événements. Elle est une certitude intérieure d’une réalité surnaturelle.

 

Voici pour illustrer ceci l’expérience de Paul Claudel. Il parle ainsi de sa conversion : « en essayant, comme je l’ai fait souvent, de reconstituer les minutes qui suivirent cet instant extraordinaire, je retrouve les éléments suivants qui cependant ne formaient qu’un seul éclair, une seule arme, dont la providence se servait pour atteindre et s’ouvrir enfin le cœur d’un pauvre enfant désespéré : ‘que les gens qui croient sont heureux ! Si c’était vrai, pourtant ! C’est vrai ! Dieu existe, il est là. C’est un être aussi personnel que moi ! Il m‘aime, il m’appelle. » On pourrait penser que son intelligence est convaincue tout d’un coup, mais non : « émotion bien douce où se mêlait un sentiment d’épouvante et presque d’horreur ! Car mes convictions philosophiques étaient entières. Dieu les avaient laissées dédaigneusement où elles étaient, je ne voyais rien à y changer, la religion catholique me semblait toujours le même trésor d’anecdotes absurdes. » L’affectivité n’est pas plus convertie : « les prêtres et les fidèles m’inspiraient la même aversion qui allait jusqu’à la haine et jusqu’au dégoût. » (cités par le père Henri Caffarel dans Cinq soirées sur la prière intérieure. Ed. feu nouveau 1980 p.15) Il faudra encore du temps à Paul Claudel pour unifier son être dans la foi.

 

Même si, comme je l’ai dit plus haut, la foi n’est pas qu’une question de contenus à croire, n’est pas seulement une question d’intelligence, mais aussi une démarche de tout l’être, une deuxième condition de la foi est néanmoins la connaissance des contenus de la foi. Celle-là est essentielle pour donner son propre assentiment, pour adhérer pleinement avec l’intelligence et la volonté à tout ce qui est proposé par l’Eglise. Ceci étant, comme le disait St Paul dans sa lettre aux Corinthiens, notre connaissance restera toujours partielle ici-bas, et dans la foi, il nous faut donner notre confiance. C’est la troisième condition.

 

Voici une expérience vécue lorsque j’étais adolescent. J’étais parti en haute montagne avec un guide de montagne. Ma confiance en lui était si grande, que je n’avais plus aucune peur, dans des passages où j’aurais eu peur sinon. La confiance était réciproque : d’abord de ma part envers ses qualités et sa compétence à évaluer mes capacités ; et par conséquent confiance de sa part en moi pour suivre le tracé qu’il prenait. Nous voyons là une conséquence de la foi qui transforme la vie d’une manière ou d’une autre. C’est vrai de la foi en Dieu, c’est vrai aussi de la foi dans les autres. Et les non-croyants en Dieu sont nécessairement des croyants dans les autres, car il n’est pas possible de vivre en mettant toujours en doute les paroles et actes des personnes que nous côtoyons.

 

Jésus, lui aussi est un homme de foi. Il s’en remettra totalement à Dieu son Père au moment de sa mort. Il lui remet sa vie, et s’en remet à lui pour sa résurrection. Je termine en reprenant l’histoire entre le grand-père et son petit-fils. Les liens qui les unissaient ici-bas étaient des liens de dons réciproques : ils se donnaient l’un à l’autre le goût de la vie dans une belle réciprocité. Cette relation réciproque entre le grand-père et son petit-fils dit plus ce qu’est la foi que la lettre écrite par le petit au père Noël.

 

Benoît DELABRE

 

 

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