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MEDITATION SUR LA FETE DE LA TOUSSAINT

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Sermon sur la montagne, Philippe de Champaigne

 

Homélie du 1er novembre 2011 : fête de la Toussaint

Ap 7,2-4.9-14 ; Ps 23 ; 1Jn 3,1-3 ;  Mt 5,1-12a

 

Nous célébrons aujourd’hui la fête de la Toussaint, cette fête qui allie le passé, le présent et le futur. Bien souvent nous la cantonnons au seul passé en faisant mémoire de tous ceux qui nous ont précédés, en particulier les défunts de nos familles, c’est ainsi que dans ces jours-là les cimetières se couvrent  de fleurs. Mais voir cette fête dans le seul passé est sans doute une facilité que nous nous octroyons en nous évitant de penser à ce présent fugace et à l’avenir dont nous ne savons rien de précis ou de tangible malgré un appel toujours croissant aux voyants et autres cartomanciennes. Et pourtant aujourd’hui c’est bien cette continuité passé présent futur que nous célébrons.

 

En disant ceci, une image et une parole me viennent à l’esprit :

 

La parole, elle est de Jean Paulhan, nîmois et académicien du début du XXème siècle qui écrivait : « La mort ? Pourvu que je vive jusqu’à là ! ». Notre  finitude, nous avons en effet à l’assumer sans qu’elle perturbe nos vies mais sans qu’elle soit occultée. 

 

L’image, elle vient du film récemment sorti   « habemus papam » . Le cortège des cardinaux se dirige vers la chapelle Sixtine où ils vont  élire à huit clos le nouveau pape. La procession se fait en chantant la litanie des Saints, ainsi, dans le présent, ils évoquent le passé pour faire un choix pour le futur.

 

La liturgie d’aujourd’hui nous propose trois textes du nouveau testament, un passage de l’apocalypse qui « soulève le voile » de notre futur, un extrait de la 1ère lettre de Jean qui nous dit ce que nous sommes pour Dieu,  tandis que les Paroles de Jésus rapportées dans notre Evangile sont une introduction à ce que l’on appelle le discours sur la montagne,  sorte de discours programme de la Bonne Nouvelle selon saint Matthieu.  

 

Saint Jean, dans le présent, nous invite à voir, à éduquer notre regard par une vie de foi qui nous fait sentir le dessein bienveillant de Dieu pour les hommes, à découvrir son vrai visage, celui de l’amour. Ceci nous amène assez naturellement aux récits des commencements du livre de la Genèse : ce qui entraîne la chute de nos premiers ancêtres c’est la suspicion, alimentée par le serpent, le diviseur, vis-à-vis de Dieu,  le texte dit alors : « leurs yeux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus », qu’ils étaient faibles, fragiles. Notre baptême nous a ouvert les yeux à un regard d’enfant à son père et nous sommes enfants de Dieu, dès à présent, même si cette filiation ne nous dit pas clairement ce que cela implique pour  l’avenir. Notre espérance de voir le Fils de Dieu face à face et d’être converti/transformé à son image nous rend déjà purs.

 

Cela nous conduit aux béatitudes de l’Evangile de Matthieu, texte difficile à faire entendre pour nos contemporains.

 

Il est intéressant de s’arrêter un instant sur l’introduction : il y a la foule, Jésus gravit la montagne, s’assoit, ses disciples s’approchent, il ouvre la bouche et se met à les instruire. Ceci est une ouverture solennelle qui renvoie certainement la communauté matthéenne à Moïse au Sinaï, Jésus le nouveau Moïse.

 

La bouche de Jésus s’ouvre (sa première homélie) sur un mot qui est heureux et ce mot reviendra ainsi 9 fois scander son discours et je pense qu’à ce niveau tous les auditeurs, jusqu’à aujourd’hui encore, sont prêts à souscrire car l’une des  valeurs communes de l’humanité est bien la recherche du bonheur. Mais les mots qui accompagnent l’adjectif bloquent immédiatement car notre image du bonheur ne se retrouve pas du tout dans ces descriptions et les promesses faites pour un futur meilleur ne nous satisfont pas, on peut alors aller jusqu’à dire que la religion est l’opium du peuple…

 

Tout d’abord que peut signifier Heureux dans la bouche de Jésus ? Un gros pouvoir d’achat, une bonne santé, une vie facile mais dans la foule qui suit Jésus, il y a des affamés, des malades, des boiteux, des possédés. Chouraqui, dans ses commentaires de la Bible, nous propose une traduction : pour lui heureux signifie en marche, bien parti, c’est un compliment, vous êtes dans le bon chemin vers le Royaume.

 

Le Royaume, c’est bien de cela qu’il est question dans ce texte, et pour le comprendre il faut s’arrêter quelques instants sur la première béatitude, toutes les autres pouvant se lire dans celle là : « heureux les pauvres de cœur le royaume des cieux est à eux », déjà une première remarque la promesse est  au présent, elle est pour maintenant, pour aujourd’hui. Qui sont les pauvres de cœur ?, notre psaume risque une réponse : « l’homme au cœur pur et aux mains innocentes qui ne livre pas son âme aux idoles ». C’est aussi tous ceux qui par le baptême ont reçu l’Esprit de Dieu mais ont conscience que leur esprit ne puise pas suffisamment dans ce bien qu’ils portent en eux, « ceux qui n’ont pas le cœur fier, ni le regard hautain ». Après cela toutes les autres béatitudes se reçoivent, le bonheur proposé par Jésus n’exclut  pas la souffrance et c’est dans cet esprit que nous pouvons le mettre au service du Royaume.

 

Notre aujourd’hui est transformé par le monde à venir et ce monde à venir nous est révélé, en code,  par les textes apocalyptiques.  Les quelques versets de l’apocalypse de saint Jean de ce matin nous décrivent la dernière toussaint : ne détruisez pas le monde avant que nous ayons marqué le front des serviteurs d’Israël et du nouvel Israël, ils sont une multitude (12*12*1000). En présence aussi d’une foule immense, de toutes nations, races, peuples et langues,  debout en vêtements de noce, blancs avec des palmes à la main.

 

La fête de la Toussaint,  alliance du passé du présent et du futur,  nous tourne vers la vie éternelle où ces trois notions de temps disparaissent.

Saint Augustin, dans ses confessions, nous livre un sujet de réflexion à ce propos : « On pourrait peut être dire avec vérité, qu’il y a trois temps, le présent des choses passées, le présent des choses présentes et le présent des choses futures. Car je trouve dans l’esprit ces trois choses que je ne trouve nulle part ailleurs : le présent du passé c’est la mémoire, le présent du présent c’est l’attention, le présent du futur c’est l’attente. »

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