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MEDITATION SUR LE CAREME

  • PAROISSE DE MARTIGUES
  • HOMELIES

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Jésus est baptisé, aussitôt l’Esprit le pousse au désert, et dans le désert Jésus reste 40 jours, tenté par Satan…

 

On serait presque "tenté" de se dire en reprenant une phrase de Molière : « mais que diable allait-il faire dans cette galère ?! » Pourquoi partir, à peine baptisé, dans le désert, pendant si longtemps, sans manger, pour être tenté par le diable ?!

 

Le désert, c’est le lieu de la solitude, du combat contre cette solitude pour laquelle l’homme n’est pas fait ! Il n’est pas bon que l’homme soit seul ! Et dans le désert, c’est comme dans l’espace, personne ne vous entend crier ! « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Toute l’angoisse de l’homme qui se sent abandonné y est concentrée. Qui pourra rejoindre ces hommes dans leur désert, sinon Dieu seul ?

 

Vous me direz, là, dans le désert, Jésus n’est pas seul, il est avec Satan… oui, mais Satan n’a pas la puissance d’existence de Dieu, et puis il n’apporte pas le salut. On connaît les tentations qu’il propose à Jésus et que nous racontent les autres évangélistes : tout par l’apparence, le pouvoir, la possession.

 

La différence entre le "salut" proposé par Satan et le vrai salut apporté par Dieu, c’est que notre Dieu ne nous sauve pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. C’est pour cela que Dieu s’est incarné, et pleinement incarné, pour nous sauver en profondeur et en totalité.

 

En ce début de Carême, nous sommes replongés dans la situation du Christ, il est au milieu du désert, parmi les bêtes sauvages, et les anges le servent. Nous sommes au milieu d'un désert, avec des bêtes sauvages, et les anges nous servent.

 

Nous sommes toujours dans le désert : Comme le peuple hébreu qui attendait chaque jour que tombe la manne, nous crions vers Dieu que nous voulons chaque jour recevoir sa vie, par sa parole, par son corps, par son amour, par son pardon. Forts de notre foi, nous avons l’espérance que Dieu vient dans ce désert, qu’il nous y nourrira, et que nous sortirons vainqueur du combat contre Satan.

 

Cette victoire contre Satan, c’est la victoire de la résurrection du Christ. Depuis notre baptême nous avons en nous cette victoire, comme un sceau sur notre cœur, comme un germe de résurrection que nous portons en nous dans des poteries sans valeur. « Être baptisé, comme le dit saint Pierre, ce n'est pas seulement être purifié de souillure extérieure, ou même intérieur être baptisé, c'est participer à la résurrection de Jésus Christ. »

 

Depuis que le Christ a vaincu la mort sur la Croix, depuis qu’il a vaincu la solitude sur la Croix, en s’assumant le cri « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », depuis lors, nous ne sommes plus seuls. Nous sommes dans un désert, mais nous ne sommes plus seuls. Par le baptême nous avons traversé le désert, et le Carême nous offre l’occasion de faire revivre en nous ce passage, cette pâque. Et c’est précisément dans cette pâque que Dieu vient nous parler en cœur à cœur, dans le jeûne car nous avons le ventre vide, dans le partage, car nous avons les mains vidées, dans la prière, car nous le cœur disponible.

 

Le Carême, c’est cet âpre désert où Dieu vient souffler la douceur de Esprit de consolation. Ainsi poussés par l’Esprit, nous pouvons prendre soin de notre germe de résurrection, et reprendre ainsi conscience que nous sommes des hommes et des femmes déjà ressuscités avec lui, déjà sauvés déjà par lui. Nous sommes des Christs et comme le Christ au désert, les anges nous servent ! Le ciel et la terre communiquent, les anges descendent de Dieu et remontent vers Lui pour nous assister.

 

Dieu a créé tout l'univers, et, par sa résurrection, le Christ rétablit l'harmonie entre le ciel et la terre, comme cet arc-en-ciel donné à Noé comme signe d’alliance entre Dieu et les hommes. Un arc-en-ciel est composé de 7 couleurs, c'est le chiffre de la plénitude, et cela nous indique que le Christ est présent dans chacune des couleurs de notre vie : le rouge de l'amour, le vert de l'espoir, le bleu de l'immensité des désirs, le jaune cette flamme de la résurrection qui déjà brille au loin au long du tunnel de ce Carême, ce violet que nous portons et qui nous rappelle notre condition d'homme blessés… d'hommes blessés mais guéris.

 

Le Carême n'est pas un but en soi, le Carême est une mise en désert, un temps pour ouvrir les yeux sur les réalités de notre vie. Cela ne doit pas nous désespérer, car de ce désert, de ce terrain vague, le Seigneur va faire reverdir un jardin nouveau. De l'homme mort, Dieu va faire surgir l'homme vivant.

 

Pâques est loin, la route est longue, mais le Seigneur nous demande de marcher, en promettant de nous donner chaque jour de quoi vivre : le Seigneur, plus qu'à aucune autre période de l'année, nous redit sa promesse de vie, il nous promet son eau vive, il nous promet son pain de vie, il nous promet le pardon qui nous relève. Avec cette eucharistie, Seigneur, nous commençons notre marche vers Pâques : fait que nos cœurs correspondent vraiment à nos offrandes.

 

Thomas Poussier

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