>

MEDITATION SUR L'ESPERANCE

  • PAROISSE DE MARTIGUES
  • HOMELIES

  Esperance.jpg

Homélie  21 août 2011 - 21e dimanche A

L’Espérance

 

Isaïe 22, 19-23 « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David. »
Psaume 137
Rm 11, 33-36 : la profondeur insondable des mystères du salut
Mt 16, 13-20 « Je te donnerai les clés du royaume des Cieux. »

 

1/ Au cours de ce mois d’août, nous avons connu quelques célébrations de funérailles difficiles, voire dramatique.

 

Au cours de l’une d’elle, je me retrouvais au cimetière pour accompagner la famille. Après l’inhumation, je m’approchais d’une femme en pleurs devant un caveau à quelques petits pas de là. A ma demande, elle me révéla qu’elle venait tous les jours au caveau où son mari était inhumé depuis deux ou trois ans. Elle me dit combien son veuvage lui était difficile. Après quelques mots, je lui demandais si elle priait, et je fus fort surpris d’entendre qu’elle ne priait pas, qu’elle ne s’adressait pas à Dieu dans son épreuve. Ce manque d’espérance m’étonna.

2/ Croire en Dieu, en la vie après la mort, dans le fait que nos défunts sont dans la maison du Père… c’est somme toute assez facile. Cela nous apaise un peu, nous soulage, nous rassure pour eux, et nous donne l’espérance de les rejoindre un jour. La foi est somme toute assez facile (surtout si j’enlève ce qui me gêne : la résurrection de la chair, le jugement des vivants et des morts…). Cela l’est pour moi aussi. Ce qui m’est difficile, qui vous est difficile, qui nous est difficile - je précise en Occident - c’est l’espérance. Voilà le sujet de cette homélie.

 

3/ Benoît XVI a écrit sa deuxième encyclique sur l’espérance : Spe Salvi « sauvés dans l’espérance ». Il écrit ceci :

 

« Ce n'est pas que la foi, avec cela (le philosophe anglais Bacon au début du XVIIe), fût simplement niée : elle était plutôt déplacée à un autre niveau – le niveau strictement privé et ultra-terrestre – et en même temps elle devient en quelque sorte insignifiante pour le monde. Cette vision programmatique a déterminé le chemin des temps modernes et influence aussi la crise actuelle de la foi qui, concrètement, est surtout une crise de l'espérance chrétienne. Ainsi, l'espérance reçoit également chez Bacon une forme nouvelle. Elle s'appelle désormais foi dans le progrès. » (n°17).

 

De fait, je constate que notre espérance est repoussée pour après la mort, pour ceux qui sont morts, mais pour notre vie ici-bas, nous comptons avant tout sur la science et la technique, et non sur Dieu.

 

C’est ce que Benoît XVI entend par une espérance « ultra-terrestre », au-delà de la terre. Nous n’espérons pas que Dieu puisse nous ouvrir des chemins de vie ici-bas. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous sommes si peu nombreux dans nos églises.

 

Par voix de conséquence, nous avons déconnecté notre vie morale (notre comportement, notre éthique) de la foi. Notre seule espérance est notre place au paradis, et non pas notre vie ici-bas. Cette place au paradis nous est assurée – ‘nous irons tous au paradis’ entend-on – et notre vie morale se retrouve sans base, sans fin.

 

La foi, la vie morale deviennent « privées », au libre choix de chacun.

 

L’espérance, les chrétiens d’occident l’ont laissé à la science et à la technique : si scientifiquement, il n’y a plus d’espoirs, alors tout est foutu, comme me le disait une personne il y a peu.

 

4/ Prenons l’Evangile d’aujourd’hui : les clés du Royaume des Cieux données à Pierre. Nous connaissons tous des histoires drôles où Saint Pierre accueille à la porte du paradis, accorde ou refuse l’entrée. Ces histoires sont symptomatiques de notre espérance seulement « privée et ultra-terrestre ».

 

Nous avons transformé les clés du royaume des Cieux en clés du paradis. Or l’entrée dans le royaume des Cieux se fait par le baptême. Le repas du royaume des Cieux est l’Eucharistie. Si Pierre reçoit les clés du royaume des cieux, c’est qu’il reçoit la charge de donner les conditions d’entrer dans le royaume par le baptême.

 

Ainsi, en tant que curé, je peux ne pas accepter ou repousser le baptême dans certaines conditions. Je suis détenteur des clés en communion avec l’Eglise.

 

5/ Revenons à l’espérance : la vraie difficulté après un drame est : quelle vie est possible après, après la fin d’un monde ?

 

Reprenons Benoît XVI : « Ici aussi, apparaît comme élément caractéristique des chrétiens le fait qu'ils ont un avenir : ce n'est pas qu'ils sachent dans les détails ce qui les attend, mais ils savent de manière générale que leur vie ne finit pas dans le néant. C'est seulement lorsque l'avenir est assuré en tant que réalité positive que le présent devient aussi vivable. Ainsi, nous pouvons maintenant dire : le christianisme n'était pas seulement une « bonne nouvelle » – la communication d'un contenu jusqu'à présent ignoré. Dans notre langage, nous dirions : le message chrétien n'était pas seulement « informatif », mais « performatif ». Cela signifie que l'Évangile n'est pas uniquement une communication d'éléments que l'on peut connaître, mais une communication qui produit des faits et qui change la vie. La porte obscure du temps, de l'avenir, a été ouverte toute grande. Celui qui a l'espérance vit différemment; une vie nouvelle lui a déjà été donnée. » (n°2)

 

Je note, avec Edouard, que les africains et les chrétiens non occidentaux en général vivent d’une espérance que je n’ai pas, que nous n’avons pas. Ils n’ont rien, et ils ont tout : ils avancent.

 

6/ Benoît XVI encore : « La foi n'est pas seulement une tension personnelle vers les biens qui doivent venir, mais qui sont encore absents; elle nous donne quelque chose. Elle nous donne déjà maintenant quelque chose de la réalité attendue, et la réalité présente constitue pour nous une « preuve » des biens que nous ne voyons pas encore. Elle attire l'avenir dans le présent, au point que le premier n'est plus le pur « pas-encore ». Le fait que cet avenir existe change le présent ; le présent est touché par la réalité future, et ainsi les biens à venir se déversent sur les biens présents et les biens présents sur les biens à venir. » (n°7)

 

Ainsi l’Eucharistie n’est pas seulement mémorial du passé, de la mort et la résurrection du Christ, mais aussi présence du futur.

 

Les biens futurs nous sont déjà donnés à cette table.

 

 

Benoît Delabre

L

merci pour cette homélie sur la foi et l'espérance mise sur le site .
'' Ne pas accepter de baptiser dans certaines conditions ''quelques précisions seraient importantes,bien sur pas à l'homélie.


Répondre
@paroissemartig © 2010 -  Hébergé par Overblog