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MEDITATION SUR LA FOI

  • PAROISSE DE MARTIGUES
  • HOMELIES

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« La jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes » écrit saint Jacques.

 

Nous le savons bien. Jalousies et rivalités traversent l’histoire de l’humanité, et l’histoire du peuple hébreu : à commencer par Caïn et Abel, première jalousie, première rivalité, premier meurtre, un fratricide ; Sara et Agar ; Esaü et Jacob ; Léa et Rachel ; les fils de Jacob envers leur frère Joseph ; Aaron vis à vis de Moïse ; Saül vis à vis de David… ; les pharisiens vis à vis des disciples de Jésus ; les disciples de Jésus vis à vis de ceux qui font des miracles au nom de Jésus et ne suivent pas Celui-ci ; les disciples entre eux ; les corinthiens à qui Paul reproche d’être à Apollos, à Képhas, à Paul…

 

Nous sommes de cette humanité là, et nous partageons cette rivalité entre homme, entre femmes, entre pairs… Vous, moi, qui sommes disciples de Jésus… Cette rivalité commence tout petit comme le montre cet enfant qui dit à sa mère, quelques jours après son arrivée de la maternité avec un second : « il est là pour longtemps, lui ? »

 

Ici, les disciples de Jésus se taisent à sa question : de quoi discutiez-vous en chemin ? Ils n’osent avouer cette ambition qui habite chacun d’eux. Mais chez Jésus pas de remontrance, alors que dans d’autres moments de ce même Evangile de Marc, il leur reproche d’être bouchés. Pas de rejet de ce désir d’exister, de compter, d’être grand, car Dieu nous veut grands et non petits, tout en réorientant ce désir commun de Dieu et nous : « celui qui veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »

 

Ainsi nos ambitions de grandeur ne sont pas contraires à l’Evangile, mais réorientées par Jésus. Et j’inverse la proposition : l’Evangile n’est pas contraire à notre humanité, mais la développe et l’accomplit, ce que ne pensent pas nombre de contemporains.

 

Le 17 juillet 1794, les carmélites de Compiègne sont condamnées à mort pour « fanatisme ». Au tribunal, Soeur Henriette de la Providence pose la question au procureur général Fouquier-Tainville : « voudriez-vous, citoyen, nous dire ce que vous entendez par ce mot fanatique ? » Après un torrent d’insulte de la part du procureur, elle réitère sa demande. Il lui est répondu : « j’entends votre attachement à des croyances puériles, à vos sottes pratiques de religion. »

 

Aujourd’hui, sans nous condamner à mort, beaucoup signeraient des deux mains cette sentence. Il est vrai qu’ils peuvent trouver des chrétiens dont la foi n’est pas un signe d’épanouissement de l’humanité.

 

Mais nous croyons au Christ Jésus, le plus beau des enfants des hommes, l’homme accompli par excellence, celui qui est pleinement lui-même, en relation avec Dieu le Père, avec les hommes et avec la création entière. Jésus, le plus grand de tous, nous montre le chemin de Dieu le Père et en même temps de l’homme.

 

Pour l’homme de foi donc, à l’inverse de ce que pensent nombre de nos contemporains, pas de démission de l’intelligence, pas de résignation de la volonté et de la liberté.

 

Pas de démission de l’intelligence : l’acte de foi lui-même est un acte de l’intelligence.

 

Il est vrai que le surnaturel, ce qui vient de Dieu, ce que nous professons dans le credo, par exemple la naissance de Jésus du sein de la Vierge Marie, dépasse les capacités de la raison seule et nous vient de la Révélation ; il est tout aussi vrai que l’accueil de cette révélation ne va pas contre la raison, sans cela Dieu contredirait sa création, que la foi possède une cohérence raisonnable. Ainsi, ce que nous recevons de la révélation doit mettre en jeu notre intelligence, et non l’annihiler.

 

Il est encore vrai, que l’intelligence qui accepte cet accueil, qui accepte de ne pas être la plus grande par elle-même, se grandit en s’ouvrant à des vérités plus grandes, qu’elle n’aurait jamais pu atteindre sinon. Dans la foi, l’intelligence ne renonce jamais à elle-même, mais accepte de ne pas tout saisir par elle-même, en recevant d’un autre, en accueillant un Autre.

 

Charles de Foucauld est revenu à la foi en étant d’abord saisi par la foi des musulmans dans le désert, puis en étant interrogé par l’accueil de sa tante et ses cousines, « l’exemple de toutes les vertus joint à la vue de hautes intelligences et de convictions religieuses profondes » (lettre à Henri Duveyrier du 21 février 1892).

 

Pas de résignation de la volonté et de la liberté : je reconnais qu’il est paradoxal de professer que nous devenons libre en nous soumettant à la volonté de Dieu.

 

Voici ce qu’écrit Ste Bénédicte de la Croix, philosophe : « Il n’est pas donné à la volonté de la créature d’être libre en étant son propre maître. Elle est appelée à s’accorder à la volonté divine. S’y accorde-t-elle par sa libre soumission, il lui est alors offert de participer librement à l’achèvement de la création. S’y refuse-t-elle, la créature libre perd aussi sa liberté. La volonté de l’homme conserve encore le libre arbitre, mais il est sous le charme des créatures, elles le tirent et le poussent en des directions qui l’éloignent de l’épanouissement de sa nature tel que Dieu l’a voulu et l’écartent du but qu’il s’est fixé lui-même dans sa liberté originelle. » (Exaltation de la Croix, in La Source cachée, Cerf/Ad Solem, 1998, p 278-279)

 

Dans le même sens, le philosophe aixois Maurice Blondel écrit à l’âge de 22 ans : « Je veux vouloir avec Dieu ce que Dieu veut, comme Dieu veut de moi ; je ne sais pas ce que c’est, mais avec lui je puis tout ce qu’avec moi, je ne puis pas. Devant Dieu, je serai un instrument, pour que par surcroit, aux yeux humains je sois quelqu’un. » (Carnets intimes, tome 1, 24 novembre 1883)

 

Notre accomplissement, nous le trouvons donc dans notre lien à Dieu le Père par le Christ Jésus. C’est bien cela qui nous sauve de nos jalousies et rivalités. C’est le service de Dieu qui est notre vraie personnalité, et nous permet de nous retrouver ensemble. Regardez les apôtres qui se disputent la première place. Après la mort et la résurrection de Jésus, le service du Christ mis en premier leur fera vivre la communion dans l’annonce de l’Evangile.

 

Nous-mêmes, traversés par nos jalousies et rivalités, nous sommes rassemblés par le service du christ et de l’humanité et recevons ici même notre communion.

 

Père Benoît Delabre 

 

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