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MEDITATION SUR LA MISERICORDE

  • PAROISSE DE MARTIGUES
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Matthieu 20, 1-16

 

Si je me présentais aux élections présidentielles de 2012, et si j’avais le désir d’être élu, il est certain que je ne choisirais pas cette parabole pour inspirer mon programme économique, ou pour proposer des mesures en faveur de l’emploi ! Car cette parabole, que l’on appelle couramment la parabole des ouvriers de la 11ème heure, est un scandale en matière de justice !

 

D’ailleurs je note qu’il est significatif que l’on appelle cette parabole « celle des ouvriers de la 11ème heure », et non pas « la parabole de la journée de travail à la vigne », la « parabole de la justice de Dieu ». Non, lorsque l’on parle de ce texte, on se focalise tout de suite sur ceux qui font problème : ces ouvriers de la 11ème heure qui donc ne travaillent qu’une heure tout en gagnant autant que ceux qui peinent depuis le matin. C’est donc que c’est bien là un point qui gêne.

 

On peut penser que, si Jésus prend cette parabole pour parler à ses disciples du Royaume de Dieu, c’est qu’il a « une idée derrière la tête », si vous me passez l’expression.

 

Dans les textes d’Evangile que nous avons entendus les dimanches précédents, nous étions face à des questions touchant au pardon « prévenir son frère de son péché », « combien de fois pardonner ? », « faut-il tout pardonner ? », des paraboles qui mettaient en avant l’amour tout puissant de Dieu.

 

Jésus, ici, nous fait pénétrer plus profondément encore dans le cœur de Dieu.

 

Le maître de la vigne, comme le maître qui a traité son serviteur avec compréhension et patience dans l’évangile de dimanche dernier, c’est Dieu le Père, et il se montre d’une logique qui n’est pas celle des hommes. Comme le dit Isaïe, « autant le ciel est élevé au dessus de la terre, autant mes pensées [sont] au dessus de vos pensées » !

 

Et alors là, on peut formuler à Dieu cette accusation : « tu es injuste ». Mais c’est bien justement pour cela que Jésus nous parle ainsi aujourd’hui, pour nous dire qu’il prend en compte cette accusation, il n’interdit pas aux hommes d’accuser Dieu (traiter Dieu de dieu injuste, ce n’est pas un blasphème, le blasphème, ce serait d’imaginer que l’amour de Dieu ne puisse pas surmonter les injustices)…

 

Jésus n’interdit pas aux hommes d’accuser Dieu, mais il prend la défense du Père en expliquant à ses disciples, à nous ici rassemblés, qu’au dessus de la justice, il y aura toujours la miséricorde de Dieu, c’est-à-dire cet amour qui surpasse toutes les vagues créées par les désordres du cœur des hommes.

 

La miséricorde de Dieu, c’est comme un grand cargo, qui traverse la mer en gardant une stabilité : Dieu nous promet un endroit stable, au dessus des règles de justice humaine, et c’est endroit stable, c’est la vie éternelle, c’est la vie en Dieu.

 

Ce qui est marquant pour moi dans le récit, c’est que les ouvriers embauchés à neuf heures, midi, trois heures et cinq heures n’ont pas discuté du salaire avec le maître de la vigne : ils ont fait confiance.

 

Et la confiance, c’est comme la foi, cela fonctionne toujours avec l’espérance.

 

Les ouvriers ont fait confiance, car ils avaient l’espérance d’être comblés en fin de journée.

 

Comme le rappelait le Père Benoît il y a quelques dimanches, et comme l’a écrit Benoît XVI, l’espérance des chrétiens n’est pas seulement pour l’au-delà et l’éternité, mais elle s’ancre dans notre vie d’aujourd’hui, dans nos espérances de chaque jour.

 

Dès ici bas, l’espérance des hommes est nourrie par la Parole de Dieu et par le Corps du Christ. Et c’est dans la prière et la communion que nous découvrons que le terme de notre espérance, c’est la miséricorde de Dieu.

 

Dès ici bas, Dieu nous fait goûter sa miséricorde, en nous offrant un emploi à sa vigne, un emploi qui correspond à chacun et chacune d’entre nous. Car la fine pointe du texte, ce n’est pas le salaire proposé, mais bien plutôt qu’il y a embauche tout au long de la journée, tout au long de la vie. Dieu nous propose personnellement de venir à sa vigne, d’entrer dans une relation de confiance personnelle, de cœur à cœur, avec Lui.

 

Ainsi, parce que nous vivons de cette relation de foi et d’espérance, Dieu nous donne la charité, et nous demande d’en vivre, afin d’accepter que d’autres mettent un peu plus de temps pour venir à Dieu, afin d’accepter que les ouvriers de la 11ème heure reçoivent la même pièce d’argent que nous, c’est-à-dire le même Corps du Christ que nous.

 

Plus nous accepterons de nous laisser guider par Dieu, plus nous accepterons et nous contemplerons les chemins des autres hommes qui vont et viennent vers Lui, sans demander des comptes à Dieu. Saint Paul, en écrivant « Pour moi, vivre, c’est le Christ » a compris cette dynamique de la miséricorde de Dieu, qui surpasse toute intelligence, et qui pourtant saisi l’homme dans tout son être (corps, cœur, intellect).

 

Saint Paul a été saisi, il s’est laissé saisir, et c’est ainsi qu’il a pu se donner aux hommes, à la manière de son maître et Seigneur Jésus Christ.

 

Demandons dans cette Eucharistie à Dieu de nous ouvrir à sa grâce, demandons lui de renforcer en nous la foi et l’espérance et de nous ouvrir à sa charité, afin de vivre dans une dynamique nouvelle et puissante, celle de la miséricorde, cet amour qui élève l’humanité à la hauteur du cœur de Dieu.

 

Thomas Poussier

 

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