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MEDITATION SUR LA PAIX DE DIEU

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Incrédulité de Thomas Rembrandt  L'incrédulité de Thomas, Rembrandt 1634

 

Il y a peu de temps, j’ai vu un film dans lequel il était question d’offenses, de pardon, de revanche et de réconciliation. Dans une scène de ce film, deux personnes parlent de se réconcilier, et l’une dit à l’autre : « je voudrais bien te pardonner, mais mon cœur ne me suit pas ».

 

Pour avoir la force de se réconcilier, comme pour pouvoir avancer dans les difficultés qui surgissent dans une vie, une harmonie en nous est nécessaire, un accord entre ce que veut notre cœur, ce que dit notre corps et ce que notre esprit nous rend capable de faire. On pourrait résumer cela en disant qu’il convient d’ « être à l’aise ».

 

Dans l'Évangile que nous venons de lire, à la différence des disciples qui sont enfermés dans une maison verrouillée, Jésus nous apparaît non pas seulement libéré du tombeau, ressuscité, mais encore plus à l'aise que d'habitude. Si vous me permettez cette expression, il me semble que la résurrection a mis Jésus totalement « à l'aise ». Jésus a toujours été à l'aise dans l'Évangile, il a toujours accepté ce qui se passait, toujours dit que ce qu'il voulait dire, toujours agit en vérité et en totale liberté. Comme le disait le Père Benoît samedi soir dernier, même la Passion de Jésus a été une action, une action libre.

 

Jésus est à l’aise : Jésus est à l'aise dans son corps, il se laisse voir, il se laisse toucher, il vient rejoindre les disciples là où ils en sont, c'est-à-dire entre quatre murs. Jésus est aussi à l'aise dans son esprit, dans son comportement : il agit en toute liberté et en toute vérité. Il souffle l’Esprit Saint sur les apôtres, il leur parle, et ses premières paroles de ressuscité ne sont pas des paroles de revanche, de rancune, ce sont les paroles de quelqu’un qui a vécu la réconciliation de Dieu et de l'humanité tant du côté humain que du côté divin. Il veut pardonner aux hommes, et son cœur de Dieu fait homme le suit dans cette démarche. Dans son relèvement le Christ a reçu la paix de Dieu, et il la donne à ses disciples.

 

Et ce qui nous intéresse aujourd’hui particulièrement, c’est que la paix, l’aisance de Jésus ressuscité se transmet à ses disciples : de froussards ils deviennent contemplateurs et témoins.

 

Regardez Thomas : il n'était pas à l'aise dans son esprit : pour lui, Jésus était mort sur la croix et il n'y avait pas lieu de le chercher ailleurs que couché dans son tombeau, un corps ayant franchi les portes de la mort ne peut pas revenir à la vie. Thomas avait suivi Jésus qui lui avait affirmé : « Moi je suis le chemin, la vérité et la vie », puis il s'était retrouvé peu de temps après face à l'impasse de croix, face à la fausseté des accusations portées contre Jésus, face à la mort de Jésus : « impasse, mensonges, mort » contre « chemin, vérité, vie ». Thomas devait vivre un passage, une Pâque, pour connaître et croire en la résurrection du Christ et en son pardon. Jésus vient rejoindre Thomas dans ce passage, et l’invite à mettre ses mains dans la marque des clous afin que Thomas s'ajuste à la réalité de Dieu. En mettant les mains dans le côté de Jésus, Thomas retrouve le Christ qu'il avait connu et aimé, il reconnaît qu’il est « [son] Seigneur et [son] Dieu », et la paix est avec lui.

 

« La paix est avec vous » nous dit Jésus. Ce n'est pas un leitmotiv, ce n'est pas la méthode Coué, c'est un constat : la paix est avec nous. Quand la paix du Christ ressuscité est avec nous, nous pouvons être à l'aise dans notre esprit et dans notre corps. En nous donnant sa paix intérieure, Jésus libère notre esprit, il nous libère par sa liberté, sa liberté nous rend libre. En regardant à travers les stigmates du Christ nous nous rappelons d'où nous venons, et, sans nous embourber dans notre passé, nous contemplons ce que Dieu écrit dans nos vies à travers nos blessures. La paix est avec nous, et nos blessures peuvent devenir des lieux de résurrection.

 

La paix de Dieu nous donne aussi d'être à l'aise dans notre corps, et Jésus nous appelle à être à l'aise dans le corps du Christ qui l'Eglise, c'est-à-dire à y trouver notre juste place, à écouter l'appel que Dieu nous envoie pour nous mettre à notre place dans son corps-Eglise. Ainsi, lorsque l’on prie pour les vocations sacerdotales, c’est avec la conviction que Dieu demande à certains de prendre une place particulière dans l'Eglise, afin que le corps tout entier puisse vivre à l'aise, c'est-à-dire vivre en étant nourri des sacrements du salut.

 

Dans la prière après la communion, nous entendrons que l’Eucharistie est le « mystère pascal accueilli dans nos cœurs ». Tout le concentré de la vie du Christ s’invite en nous, et c’est cela qui divinise et nous met en relation de paix avec Dieu, avec les hommes, avec le monde, avec nous-mêmes.

 

L’Eucharistie est force de vie et de paix, elle est une nourriture qui ouvre en nous les portes de la foi. Dieu ne veut pas que l’homme reste au tombeau, il ne veut pas non plus que l’homme reste enfermé dans ses peurs, ses doutes. Sur le seuil de notre maison, Dieu nous crie : « Elargis l’espace de ta tente », « Cesse d’être incrédule, sois croyant ! ». « Franchis la barrière des stigmates et vient à ma suite, moi qui suis « chemin, vérité et vie » » !

 

En cette Eucharistie, demandons à Dieu sa paix, sa force. Par sa puissance de vie, il nous rend à la vie, alors demandons lui d’augmenter notre foi en sa résurrection afin « qu’en ayant la foi, [nous ayons] la vie en son nom ».

 

 

Thomas Poussier

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