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"OU EST-T'IL TON DIEU ?" (Ps 41)

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Doigt de Dieu

 Michel-Ange, voûte de la chapelle Sixtine

 

Homélie 6e dimanche de Pâques année B

 

Il nous a quitté cette semaine. Ses proches n’imaginaient pourtant pas son départ. Ils comptaient toujours sur lui : lui seul pouvait assurer à la nation un avenir libre de ses adversaires. Eh oui, il nous a quitté, Jésus. Il est monté au ciel, laissant ses disciples orphelins. Il n’est plus là. Et pourtant il a proclamé qu’il est toujours avec nous. « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

 

Cette semaine, je suis allé visiter une personne qui est en récidive de cancer. Avant de la quitter, je lui ai demandé si elle voulait prier. Me répondant par l’affirmative, j’ai lu le psaume 41 : « Comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche toi mon Dieu… » A la fin de la lecture, après un instant de silence, je lui ai demandé la phrase qu’elle garde. Elle me répondit celle-ci : « Où est-il ton Dieu ? » répété deux fois dans ce psaume. Je lui demande pourquoi cette phrase. Elle me répond : parce que j’attends de lui qu’il m’aide, qu’il me sorte de là, et rien ne se passe. Mais sans doute me porte-t’il en ce moment. Où est-il ton Dieu ? Voilà la question. Là ou pas là ?

 

Je vais commencer par affirmer qu’il n’est pas là. Jésus a vraiment quitté ce monde. Il l’a fait, afin de laisser la place à l’homme, lui laisser sa place. En aucun cas, Dieu n’a le projet de faire à notre place. Ce ne serait pas cohérent avec la création de l’homme et de la femme : comme le disait André Ligony l’année passée, « Dieu n’a pas de projet sur l’homme, mais l’homme est son projet ». L’accomplissement de l’homme est son projet. Dieu ne nous veut pas petits mais grands. Dieu ne fera jamais aux dépens de notre croissance, à nos dépens.

 

Ainsi après l’Ascension du Seigneur, les disciples retournent à Jérusalem, au cénacle, et ils prient avec au milieu d’eux, Marie, la mère de Jésus. Puis la première action vient de Pierre : il se lève, Anastas en grec, il ressuscite en français. Il prend sa place au milieu des disciples. Il parle et il interprète ce qui s’est passé pour Judas à partir de l’Ecriture et de là dit ce qu’il faut faire : remplacer Judas qui avait une part - au sens propre qui avait hérité d’une part de service avec les onze autres. Vous avez entendu : deux sont présentés, Joseph Barsabbas surnommé Justus et Matthias. L’assemblée prie : « Montre-nous celui que tu as choisi pour prendre sa place dans le service, le ministère des apôtres ». Prendre sa place encore. Jésus a quitté pour que nous prenions notre place d’homme, de femme, disciples de Jésus.

 

Une image, que vous connaissez bien, la création de l’homme au plafond de la chapelle Sixtine, avec le doigt de Dieu tendu vers le doigt de l’homme, sans le toucher, illustre cela. Dieu ne prend pas la main de l’homme. Dieu est dans une attitude dynamique et l’homme dans une attitude nonchalante, mais il reste à l’homme de se lever.

 

Je vais aussi affirmer que le Seigneur est là toujours. Mais de quelle manière, puisqu’il est hors de question pour lui de prendre notre place ? Je reprends le mot héritier. Judas a reçu une part de l’héritage dans le ministère des apôtres. Saint Paul dans la lettre aux romains dit que nous sommes héritiers : « c’est l’Esprit-Saint qui affirme lui-même à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants nous sommes aussi ses héritiers. » Nous sommes de la famille de Dieu. Lorsque quelqu’un meurt, les héritiers reçoivent l’héritage. Nous avons donc part à l’héritage que nous partageons ensemble. Et cet héritage nous est donné dans le don du Saint Esprit. Nous sommes animés par l’Esprit-Saint. Dieu n’est donc plus seulement en dehors de nous, mais aussi en nous. Saint Jean le dit : « Nous reconnaissons que nous demeurons en lui et lui en nous, à ce qu’il nous donne part à son Esprit. » Cette part de Dieu en nous nous fait prier selon l’Esprit. Paul, toujours dans sa lettre aux romains : « L’Esprit-Sait viens au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit par lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables. Et Dieu, qui voit le fond des cœurs, connaît les intentions de l’Esprit : il sait qu’en intercédant pour les fidèles, l’Esprit veut ce que Dieu veut. »

 

Dans quelques minutes, je chanterai la deuxième préface de l’Ascension : « Il est monté au ciel pour nous rendre participants de sa divinité ». L’Eucharistie est aussi une participation à la vie du Christ, c’est avoir part au Corps et au Sang du Christ, à sa mort et sa résurrection. Participer à la résurrection du Christ, c’est comme Pierre, revenir après l’avoir renié, en accueillir sa miséricorde, puis se lever et prendre sa place.

 

Je reviens sur la phrase retenue par cette personne atteinte du cancer : « Où est-il ton Dieu ? » La prière de cette personne n’est pas tout à fait juste : prier pour qu’il me sorte de là, comme elle le dit, peut laisser penser à quelqu’un qui ne prend pas sa place. Une phrase de ce même psaume est plus juste : « Espère en Dieu, de nouveau, je rendrai grâce, il est mon sauveur et mon Dieu. »

 

L’espérance nous met debout.

 

 

Père Benoît Delabre

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