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MEDITATION : "AIMER DIEU ET AIMER SON PROCHAIN"

  • PAROISSE DE MARTIGUES
  • HOMELIES

 

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'Le bon samaritain', Vincent Van Gogh(1853-1890) huile sur toile mai 1890

Krölle- Müller Museum à Ottorlo (Pays-Bas)

 

 

Quel est le grand commandement ? La question est classique, car les dix commandements et les 613 préceptes de la Loi à certaines occasions peuvent se contredire les uns les autres. La réponse de Jésus, aimer Dieu et aimer son prochain est aussi classique du temps de Jésus. D’autres rabbins répondaient pareillement.

 

 

L’équipe liturgique me témoignait que ce passage d’Evangile est facile à comprendre. J’ajoute que ces deux commandements font l’unanimité - ce texte est souvent choisi pour les baptêmes de bébés -, et qu’ils promettent le bonheur.  Cependant nous expérimentons qu’ils sont difficiles à pratiquer, que l’unanimité peut se faire contre certains prochains, que la promesse de bonheur est loin d’être toujours accomplie. Cette contradiction vient d’un grand malentendu sur le mot amour.

 

 

Regardons un instant le Christ en croix : nous y avons là l’exemple même de l’amour de Dieu et du prochain : jamais homme n’a aimé Dieu le Père comme cet homme, jamais homme n’a aimé son prochain comme lui. Regardons le encore d’une autre manière : voilà un homme qui n’a plus figure humaine, qui n’a rien d’agréable pour attirer nos regards, un homme dont on se détourne ; un homme que l’on condamne rapidement pour ne pas être dérangé pour la fête, un homme qui peut être nous prend du temps, nous gêne, nous empêche de vivre, d’être heureux ; un homme rejeté, éliminé ; un homme qui n’a pas été aimé. Dans chacune de nos vies quelle personne mettrions-nous sur le visage du Christ ?

 

 

En français, il n’existe qu’un mot pour exprimer l’amour.  En grec, il en existe trois: eros, philia, agapè. Benoît XVI dans sa belle encyclique Dieu est amour part de eros et agapè et les unit magnifiquement.

 

 

Eros a donné érotique : il signifie la fascination pour le bonheur promis, l’infini promis. Il nous attire, nous soulève, nous réjouit. C’est le propre des amoureux, mais pas seulement : il existe des personnes que nous sommes heureux de rencontrer, de voir, vers qui c’est un bonheur d’aller…. On pourrait dire que la réponse des disciples à l’appel de Jésus est de cet ordre là : « viens, suis-moi » et ils le suivent. C’est une fascination pour un bonheur promis. C’est ainsi que le Christ nous attire.

 

 

Philia a donné francophile, philharmonie, philosophie : il signifie l’amour d’amitié. C’est le propres des amis qui sont bien ensemble, qui confient l’un à l’autre ce qu’ils ne diraient à personne d’autres, qui dévoilent ce qui est le plus important pour eux. On pourrait dire que la relation de Jésus avec ses disciples dans la deuxième partie de l’Evangile est de cet ordre. Il se dévoile, il leur révèle ce qui l’habite au fond de lui-même, il leur annonce sa passion… Jésus fait de se disciples et de nous-mêmes ses amis.

 

 

Enfin agapè a donné en français une agape, qui a pour origine l’agape, repas  de l’Eucharistie chez les premiers chrétiens : il signifie l’amour don de soi, l’amour tourné vers l’autre, l’amour qui coûte. C’est la dimension profonde de tout amour : un jour ou l’autre, il coûte plus ou moins. Même l’amour d’amitié a besoin d’être cultivé, et l’amour eros ne peut durer que si il intègre l’amour philia et l’amour agapè. Cet amour agapè ne peut être séparé de l’amour eros et l’amour philia, sinon il se dessèche lui-même. C’est l’amour même du Christ sur la croix, auquel les disciples ne répondront qu’après le don de l’Esprit à la Pentecôte.

 

 

L’amour est appelé à comprendre ces trois dimensions pour grandir et fructifier. C’est cet amour là qui vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices, comme ajoute le scribe à la réponse de Jésus. C’est cela même l’offrande de Jésus en croix, qui remplace les offrandes et sacrifices de l’Ancienne alliance, Jésus étant le véritable grand prêtre, comme le décrit la lettre aux hébreux. Le sacrifice de Jésus, c’est son amour pour Dieu et pour les hommes jusqu’à l’extrême, l’offrande de son propre sang, représenté dans cette tente de l’église de la Madeleine. Nous le célébrons, le vénérons, le recevons à chaque Eucharistie.

 

 

Le scribe pensait avoir le dernier mot envers Jésus, mais celui-ci ajoute : « tu n’es pas loin du royaume de Dieu ». L’accueil de l’amour de Dieu et du prochain donné par la croix du Christ te fait entrer dans ce royaume.

 

 

Père Benoît Delabre

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